Lorsque, mercredi, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton se rendra au Palais des Nations pour commémorer le 60e anniversaire de la convention (1951) sur les réfugiés, elle devra accorder une attention particulière à la catastrophe humanitaire imminente au camp d’Achraf, qui abrite 3400 réfugiés iraniens en Irak. Le temps va s’écouler rapidement jusqu’à l’échéance du 31 décembre que le gouvernement irakien a imposée pour fermer le camp d’Achraf.

Les habitants du camp d’Achraf, membres du principal mouvement d’opposition iranien, l’Organisation des moudjahidin du peuple d’Iran (OMPI), sont des personnes protégées par les conventions de Genève. Ils vivent à Achraf depuis 25 ans.

Pendant l’invasion de l’Irak en 2003, l’OMPI est restée neutre. En 2004, après des enquêtes de plusieurs organes du gouvernement américain, les Etats-Unis ont garanti par écrit à chaque habitant d’Achraf qu’ils seraient tous – en échange d’un désarmement volontaire – protégés jusqu’à leur réinstallation définitive.

Malheureusement, depuis début 2009, quand les Etats-Unis ont transféré la sécurité du camp à Bagdad, Achraf suffoque sous le siège du gouvernement irakien.

En juillet 2009 et en avril 2011, les habitants sans défense ont été brutalement attaqués par les troupes irakiennes, à la demande de Téhéran. Selon l’ONU, le raid du 8 avril a fait à lui seul 36 morts, dont huit femmes, et plus de 300 blessés.

Après l’attaque, j’ai mené une délégation du Parlement européen en Irak pour y rencontrer presque toutes les principales autorités de l’Etat irakien; ainsi que le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Irak et l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad. Le chef de la diplomatie irakienne a purement et simplement rejeté notre demande de visite du camp d’Achraf.

Par la suite, le Parlement européen a offert une solution à long terme et pacifique de la crise. Ce plan prévoit d’évacuer les résidents d’Achraf et de les installer dans les États membres de l’UE et d’autres pays. Sur l’intervention de Mme Maryam Radjavi, présidente de la résistance iranienne, les Achrafiens ont accepté ce plan.

Catherine Ashton, la cheffe de la politique extérieure de l’Union européenne, a nommé un envoyé spécial pour Achraf. Qui plus est, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le HCR, a déclaré en septembre les résidents d’Achraf comme «demandeurs d’asile», tout en exhortant l’Irak à reporter la fermeture du camp. Amnesty International a réitéré cet appel le 1er novembre.

Cependant, le gouvernement irakien a créé toutes sortes d’obstructions au démarrage du processus, insistant sur l’illégalité du délai de fermeture du camp d’ici à la fin de l’année et son aspect répressif.

Bagdad répond essentiellement aux demandes de Téhéran. Les mollahs au pouvoir en Iran considèrent Achraf comme une épine dans leur flanc. La pression exercée sur le régime iranien par la communauté internationale n’a jamais été aussi forte. Face à l’intransigeance du régime sur ses ambitions nucléaires militaires, les Etats-Unis et l’UE ont imposé de nouvelles sanctions. […]

Compte tenu du fait que le régime en Syrie, principal allié de l’Iran, est chancelant, il est facile de comprendre ce que les mollahs ressentent désormais sous la menace. Les mollahs veulent soustraire Achraf et ses résidents de l’équation – de façon permanente.

Le gouvernement irakien a exprimé son intention dans une lettre au Parlement européen en novembre, indiquant qu’il n’avait d’autre choix que de transférer les Achrafiens «vers d’autres camps en Irak».

Une telle démarche constituerait un «arrêt de mort» pour les résidents d’Achraf. Ils seront dispersés en petits groupes, après quoi ils seront torturés et assassinés, loin des projecteurs des médias du monde et loin du regard gênant des diplomates étrangers.

Les promesses du gouvernement irakien n’ont strictement aucune valeur. Quelques heures à peine avant le massacre d’avril dernier, le gouvernement irakien, par le biais de l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, avait assuré les résidents d’Achraf qu’il n’y aurait pas de violence.

Comme je l’ai écrit aux ministères des Affaires étrangères des 27 États membres de l’UE, le 30 novembre: «Si l’Irak a toujours l’intention de déplacer de force les habitants d’Achraf, alors il doit être absolument clair que ces gens ne sont pas du tout disposés à être déplacés de force en Irak et il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils se portent volontaires pour être massacrés. S’ils sont déplacés de force, ils n’auront d’autre choix que celui de résister».

Je n’ai pas manqué de critiquer l’inaction de l’UE et de Mme Ashton, mais les Etats-Unis portent la principale responsabilité du moindre préjudice porté aux Achrafiens. Les Etats-Unis auraient pu empêcher les deux attaques précédentes contre Achraf. Nouri al-Maliki est tout d’abord redevable de son poste de premier ministre aux États-Unis et au lourd tribut payé par les Américains dans la guerre du Golfe. Il est inconcevable qu’il puisse se maintenir sans le soutien américain et ceci amène donc la question suivante: pourquoi les Etats-Unis ne peuvent-ils pas empêcher une autre catastrophe humaine à Achraf?

Ainsi, lorsque M. al-Maliki se rendra à Washington lundi prochain, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton devra lui dire clairement qu’il ne peut assassiner des réfugiés iraniens sans défense comme il lui plaît, ou pour faire plaisir aux mollahs à Téhéran. Ce sont des gens que les Etats-Unis ont promis de protéger. Le délai de fermeture du camp et tout déplacement forcé des résidents d’Achraf en Irak doivent être rejetés. Le HCR doit disposer du temps et de l’espace nécessaires pour inscrire l’ensemble des 3400 résidents d’Achraf comme réfugiés afin que nous puissions mettre en œuvre le plan de réinstallation de l’UE et d’évacuation de ces personnes désarmées et sans défense dans des pays où règne la sécurité.

Le monde nous regarde.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.