Genève est, en Suisse, le premier canton à s'être doté d'une loi cantonale sur le financement de la solidarité internationale fixant un objectif chiffré. Votée en 2001 par le Grand Conseil genevois, la loi engage l'Etat de Genève à consacrer 0,7% de son budget de fonctionnement au soutien de projets de coopération technique, de promotion de la paix, de défense des droits de la personne, ainsi qu'à des actions d'aide d'urgence.

Si en 2007, le canton a consacré quelque 12,4 millions de francs à l'aide publique au développement (près de 44% du moment total des fonds cantonaux), force est de constater que le canton peine à atteindre l'objectif du 0,7%. Cette même année, le pourcentage a stagné à moins de 0,2% du budget de fonctionnement.

La nouvelle constitution du canton de Genève doit non seulement contenir des objectifs chiffrés visant à doter la coopération au développement cantonale de moyens suffisants, elle doit également repenser plus largement le cadre dans lequel elle s'inscrit.

Ce nouvel élan requiert une «réhabilitation du politique» dans le domaine du développement. La coopération est certes fondée sur la solidarité, mais il convient d'élaborer une base pour un changement de paradigme. Il s'agit d'inverser les priorités: non pas soumettre les règles économiques aux respects de critères sociaux et d'environnement, mais plutôt reconnaître l'importance prééminente du développement durable, de la réduction des inégalités et du respect des droits de l'homme. Sur ce socle reconsidéré, il s'agit de construire de nouveaux rapports financiers, commerciaux et politiques.

Il faut œuvrer pour une meilleure cohérence des politiques publiques au service du développement. Prenons l'exemple de l'indispensable réforme fiscale à laquelle doivent se soumettre les pays en développement. Cette dernière entre en conflit frontal avec certains intérêts de la politique économique helvétique. Faut-il le rappeler, la Suisse gère un tiers de la fortune mondiale placée à l'étranger et joue donc un rôle dans les pertes fiscales que subissent les pays du Sud. L'impact de sa place financière est d'autant plus important que la Suisse n'accorde pas l'entraide judiciaire pour l'évasion fiscale.

Le nombre d'acteurs qui participent à l'élaboration et à la mise en œuvre de la politique de développement augmente et comprend aujourd'hui des agences gouvernementales, des organisations internationales, des collectivités publiques régionales ou locales, ainsi que des acteurs de la société civile (ONG et secteur privé). La multitude de plates-formes de négociations et de décision appelle de nouvelles régulations qui puissent être acceptées par tous les acteurs concernés.

Les aspects «problématiques» de la migration occupent souvent une place importante dans le débat public, pourtant la migration est porteuse d'éléments très positifs: transferts de savoir, échanges culturels, apports économiques et stabilité démographique. L'idée d'associer les migrants - directement ou par le biais d'associations - au développement économique de leur région émerge petit à petit. Il s'agit donc de repenser la migration en termes d'intérêts partagés et de renforcer ainsi la coopération Nord-Sud.

Une attention soutenue doit être portée à la gestion des ressources naturelles. La planète a d'ores et déjà dépassé sa capacité de charge et il faudrait six planètes si chacun voulait vivre comme l'Américain moyen. Le développement durable offre une plate-forme intégrative qui permet de rechercher des équilibres en termes de justice sociale, de préservation de l'environnement et d'efficience économique.

Pour atteindre plus d'équilibre et de justice dans ce monde, il s'agit de rappeler en termes simples les enjeux: un appui solidaire aux populations dans le besoin et une révision des règles du jeu en politique internationale, dans notre intérêt à tous.

Catherine Schümperli Younossian est directrice de l'Annuaire suisse de politique de développement.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.