Ma semaine suisse

Candidature au Conseil fédéral, la république immobile

OPINION. La candidature gouvernement de la Verte Regula Rytz ébranle la logique du système de répartition du pouvoir. Elle suscite un réflexe de peur et de rejet, écrit notre chroniqueur Yves Petignat

De la stabilité à l’immobilisme, il n’y a qu’un pas. Le vieil aphorisme de Lichtenberg va encore servir. Car la candidature au Conseil fédéral de la Verte Regula Rytz ébranle la logique du système de répartition du pouvoir. Elle suscite un réflexe de peur et de rejet. Trop tôt, dans quatre ans, quand les Verts auront mûri: les bonnes raisons ne manquent pas de lui fermer la porte. Mais nul ne s’y trompe: il s’agit de prolonger le plus longtemps possible l’actuel partage du pouvoir. La formule magique, qui voulait que les quatre grands partis se répartissent les hochets, est en effet menacée par les nouveaux rapports de force issus des élections du 20 octobre.

Il en irait de la stabilité

Il en irait de la stabilité gouvernementale. Aucun pays démocratique ne bénéficie en effet d’un gouvernement aussi stable. Le Conseil fédéral serait la clé de la permanence du système politique suisse et de la prospérité du pays. De fait, durant quarante-quatre ans, de 1959 à 2003, les quatre partis gouvernementaux se sont attribué de manière immuable les sept sièges du collège gouvernemental. Aujourd’hui, on s’agite encore à sanctuariser le Conseil fédéral plutôt qu’à considérer l’évolution des rapports de force au parlement et dans l’opinion. Dans La Formule magique*, Burgos, Mazzoleni et Rayner rappellent à ceux qui préfèrent l’oublier que «c’est parce qu’elle s’inscrivait dans un rapport de force politique et électoral étonnamment stable que la formule magique a pu être reconduite d’élection en élection et donner prise à des sur-interprétations en termes «d’histoire nationale», de «culture politique», rendant toute perspective de changement hautement improbable».