Une drôle de course au Conseil fédéral anime le creux de l’été. L’ultra-favori tessinois affronte des candidatures romandes évanescentes. Drôle de campagne parce que les deux aspirantes les plus en vue, Isabelle Moret et Jacqueline de Quattro, ne disent rien du sens et du message politique que portent leurs candidatures. Elles ne disent rien parce qu’elles ne sont pas encore formellement candidates.

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Face à ces rivales fantomatiques, le Tessinois Ignazio Cassis paraît étonnamment charpenté. Ce n’est pas forcément un atout. L’Assemblée fédérale préfère élire au gouvernement des candidats au profil flou, malléable – ce fut le cas il y a un an et demi avec Guy Parmelin.

Ignazio Cassis, lui, ne se contente pas de se présenter comme pragmatique et conciliant. Il ose afficher des convictions de libéral décomplexé, presque dur. Mais aussi des positions progressistes en matière de drogues – il milite depuis longtemps pour une dépénalisation large des stupéfiants.

Etrangement inconsistantes

Ces quelques audaces n’en font pas un candidat idéal. Le Tessinois passe pour «trop gentil» et n’a peut-être pas le cuir assez épais pour le poste qu’il vise, notait la NZZ il y a quelques jours. Mais il est réjouissant de voir un candidat au Conseil fédéral assumer des opinions marquées, même si elles ne sont pas populaires ou majoritaires au parlement.

Par contraste, les candidatures romandes, plus ou moins déclarées, paraissent étrangement inconsistantes. La conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro est certes membre du mouvement pro-européen Nomes, mais on peut douter qu’elle axe une campagne au Conseil fédéral sur cette conviction. Pour le reste, elle a une posture typique d’élue cantonale, ancrée dans le terrain mais peu visible sur les sujets nationaux qu’elle ne traite pas en direct. La carte femme est la principale qu’elle peut jouer à ce niveau.

Autre candidate potentielle (elle se donne jusqu’à début août pour se décider), Isabelle Moret a une stature différente: celle d’une parlementaire fédérale qui a lentement construit sa crédibilité et effacé son image initiale de «fée Clochette». Mais elle est centriste, collégiale et peu marquée idéologiquement, si l’on excepte sa récente sortie contre la réforme des retraites.

Encore une fois, ce profil lisse est loin d’être un handicap pour être élu au Conseil fédéral. Mais face au droit évident de la Suisse italienne d’y être (de temps en temps) représentée, il faudra pour régater d’autres arguments que le seul fait d’être femme et Romande. Le jour où les candidates du PLR vaudois sortiront du bois, on souhaite que ce soit en portant des idées et en affichant une couleur idéologique claire.