C'est l'histoire de trois jeunes Romains de 17, 18 et 20 ans. En cette aube de l'an 2003, réunis chez l'un d'eux, ils décident de frapper un grand coup et de commettre un acte criminel qui leur ouvrira les portes de la belle vie. Leur plan est d'une ingéniosité savoureuse.

D'abord, ils exhument d'un vieux carton à jouets un pistolet en plastique. Ensuite, ils font une descente à la cuisine et volent le pot de Nutella familial. Puis, ils empruntent la voiture de maman. Avant de se mettre en route, ils barbouillent la plaque minéralogique avec la légendaire pâte aux noisettes, qui, grâce à sa consistance grasse et collante, adhère admirablement à l'aluminium et empêche l'identification du véhicule. Sur quoi, nos trois Pieds Nickelés montent à bord, et en route pour l'aventure.

Dans les rues désertes du petit matin, ils trouvent bientôt leur victime: une femme de 59 ans qui marche vers son arrêt de bus pour aller au travail. Le trio s'élance hors de la voiture, encercle la pauvre dame d'un air définitif et déclare, sous la menace du pistolet, que c'est la bourse ou la vie. La dame, sans discuter, choisit la vie. Pour les 50 euros qu'elle a dans son sac, c'est donné.

Nos trois bandits remontent en voiture et démarrent sur les chapeaux de roue. Leur victime, encore tout étourdie, n'a même pas remarqué leur plaque astucieusement tartinée. Les carabiniers qui stationnent par hasard au coin de la rue non plus, d'ailleurs. En revanche, les voleurs roulent tellement vite que les pacifiques policiers sont pour ainsi dire acculés à la suspicion. Allez, au boulot: la poursuite commence.

Elle ne dure que quelques minutes. Les voleurs sauce Nutella sortent tout tremblants de la voiture de maman et avouent leur crime avant même que personne ne leur ait demandé quoi que ce soit. Ils sont tétanisés par la vitesse avec laquelle le bras musclé de la loi s'est abattu sur eux. Ils ne se doutent pas que leur victime vient à peine de rentrer chez elle et n'a même pas encore appelé la police.

Quelques minutes plus tard, tout le monde se retrouve sur les lieux du crime. La dame, venue avec son mari chercher d'éventuels papiers tombés de son sac, n'en revient pas de voir ses trois agresseurs déjà menottés et contrits. Elle n'a plus qu'à s'écrier: «Ce sont eux!»

Et voilà, les coupables sont punis, le Nutella du crime lavé d'un coup de torchon, personne n'a été blessé et la dame a retrouvé son sac. C'était un fait divers parfaitement inoffensif, relaté dans La Stampa de samedi. Je vous invite à en goûter la saveur enfantine, avant de replonger dans le tout-venant de l'actualité, pleine de serial killers, d'enfants soldats et d'adolescents adeptes des viols en bande. Bonne année, quoi!

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