La société américaine de diffusion de communiqués de presse Business Wire vient de lâcher un texte, que reprend l’Agence France-Presse (AFP), annonçant qu’«au beau milieu de l’épidémie mondiale de Covid-19 […], New Frontier Data, l’autorité des données, des analyses et de l’intelligence commerciale sur l’industrie mondiale du cannabis, a décidé de rassembler les chefs de file du secteur des quatre coins de la planète pour une réunion virtuelle d’une journée», jeudi 2 avril prochain.

L’émission Fast Money sur la chaîne de télé CNBC et Fox News mèneront et animeront des discussions avec des experts du secteur, des économistes, des organismes de réglementation gouvernementaux, des chercheurs et des opérateurs de vente, notamment sur les «mythes et réalités des effets antiviraux et anti-inflammatoires du cannabis et du CBD sur le coronavirus actuel».

C’est que, pour «faire des stocks par crainte d’une pénurie» et/ou supporter le confinement, les Canadiens, par exemple, «se ruent dans les magasins et sur les sites de vente de cannabis», légalisé sous sa forme récréative depuis la mi-octobre 2018 dans leur pays, qui a été le deuxième au monde à le faire, cinq ans après l’Uruguay. S’il y a un secteur économique qui se porte bien en ces temps de crise majeure et est placé – comme le disent les observateurs avisés des marchés – face à de belles «opportunités», c’est donc bien celui-ci. D’où l’annonce du raout précité.

Montréal, rue Sainte-Catherine…

«Il y en a qui paniquent, d’autres qui ne s’en font pas assez, moi j’ai décidé de gérer mon stress en fumant du cannabis», explique à l’AFP un consommateur devant la boutique de la Société québécoise du cannabis (SQDC) de la rue Sainte-Catherine, principale artère commerciale de Montréal. Ici, la file d’attente s’allonge avant même l’ouverture. Une autre cliente, arrivée la veille au soir avec son conjoint de Paris sur le dernier vol avant la fermeture de la frontière canadienne, déclare:

«On a décidé de se mettre en quarantaine, on va juste chercher de la «weed» pour les 15 jours»

«On a remarqué une augmentation des ventes au cours des derniers jours», confirme Fabrice Giguère, porte-parole de la SQDC, qui ne dévoile toutefois jamais ses chiffres. Une autre cliente dit ne «pas vraiment se préoccuper» du risque d’attraper le virus en venant en personne à la boutique, même si près d’une centaine de cas étaient confirmés mercredi soir au Québec, dont un mortel. «Comme vous pouvez le constater, tout le monde fait de la distanciation, les magasins prennent des précautions, ne manipulent pas d’argent comptant et les caissiers portent des gants», précise celle qui «fume régulièrement, juste pour le plaisir».

«Pour tenir le coup»

Elle veut être «sûre d’être bonne pour tenir le coup quelques semaines» si son patron lui «demande de rester à la maison». Mais dans le reste du Canada, le géant du cannabis Canopy Growth a temporairement fermé mardi ses 23 magasins de commerce de détail: «Nous encourageons les gens à acheter en ligne plutôt qu’en magasin», en réponse aux risques liés à «la» Covid-19, qui est de genre féminin au Québec.

Juste à côté, en Ontario, le plus gros marché du cannabis au Canada, le groupe concentre ses efforts pour approvisionner la société publique Ontario Cannabis Store (OCS), qui détient le monopole sur les ventes par internet dans cette province. «Nous avons vu une augmentation marquée des volumes de ventes ces derniers jours», dit l’OCS, évoquant des hausses de 80 à 100% par rapport à la normale le week-end dernier. Car «les gens font le plein de choses qui vont rendre leur vie à la maison, sur une longue période, aussi supportable que possible. […] L’alcool entre dans cette catégorie, tout comme le cannabis», ajoute-t-il.

On ne partage plus le même joint!

Mais attention, prévient également l’AFP, pour ne pas propager le coronavirus, les fumeurs de marijuana devraient éviter de faire passer leur joint et préférer les produits mangeables, selon les professionnels du cannabis aux Etats-Unis, où la marijuana est légale à des niveaux différents – pour raisons médicales ou récréatives – dans 47 des 50 Etats, quoique encore considérée comme une drogue dangereuse au niveau fédéral, au même titre que le LSD, la cocaïne ou l’héroïne.

«D’aussi loin que les différentes cultures consomment du cannabis, le fait de partager un joint entre amis est une pratique sociale établie», affirme Erik Altieri, directeur exécutif de NORML, un des principaux lobbies pro-cannabis aux Etats-Unis. Compte tenu de ce que nous savons, il serait sensé que ce comportement cesse. Il appelle aussi les consommateurs à ne pas partager les différents outils d’inhalation (bangs, pipes à eau ou vapoteuses) et à les nettoyer au gel désinfectant, en n’oubliant tout de même pas de préciser encore ceci:

«Le Covid-19 étant une maladie respiratoire, la fumée peut entraîner une tension et une fatigue pulmonaires»

Mais ce n’est pas tout, si l’on en croit l’AFP, qui n’est décidément pas avare d’informations «divertissantes». Ce mardi, les coffee-shops néerlandais ont peu à peu rouvert leurs portes après que le gouvernement le leur a autorisé, au grand plaisir des clients qui craignaient pour leurs réserves. Après une première fermeture annoncée à la fin de la semaine dernière, les fumeurs de cannabis s’étaient alors précipités dans les magasins pour s’approvisionner une dernière fois.

Désormais, si la consommation sur place reste prohibée, le take-away est toléré, afin d’éviter une éventuelle résurgence du trafic de drogue, après que les Pays-Bas ont légalisé en 1976 la possession, la consommation et la revente au détail de cannabis jusqu’à 5 grammes par personne. Sa culture et sa vente en gros, principalement contrôlées par des gangs criminels, sont cependant interdites.

Un autre cas intéressant a été repéré par le Courrier international dans le San Francisco Chronicle. Comme un peu partout, la cité californienne a décrété ce 17 mars le confinement de ses habitants au moins jusqu’au 7 avril. Mais «pour permettre la collecte ou la livraison de traitements thérapeutiques, les dispensaires de cannabis ont été réintégrés dans la liste des commerces essentiels».

Selon ce quotidien, comme aux Pays-Bas, «les autorités municipales avaient d’abord classé les magasins de cannabis parmi les commerces non essentiels», mais elles ont elles aussi changé d’avis, en autorisant ces commerces à rester ouverts. «Je tiens à préciser que les dispensaires de cannabis sont autorisés à rester ouverts «pour la collecte ou la livraison de traitements thérapeutiques», déclare cependant le Dr Susan Philip, membre du Département de santé publique de San Francisco.

Quel besoin? Médical ou récréatif? C’est pas clair

«Les gens comptent sur le cannabis thérapeutique [autorisé en Californie depuis 1996] pour les douleurs chroniques, les troubles épileptiques, les spasmes musculaires, la dépression et de multiples autres troubles», dit-elle. Le magazine économique américain Forbes pointe aussi les risques que ce marché médical ne soit pas suffisamment approvisionné.

La municipalité de «Frisco» a indiqué qu’elle préférerait que les résidents utilisent des services de livraison mais qu’ils seront également autorisés à se rendre en personne dans les dispensaires. Selon Eliot Dobris, responsable de la communication de l’Apothecarium, qui possède trois dispensaires en ville, la question de l’accès des clients «qui ont de réels besoins médicaux n’est pas complètement réglée. Certains n’ont pas pris la peine d’obtenir une carte médicale au cours des deux dernières années, depuis que l’usage récréatif du cannabis est devenu légal en Californie.»


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