Éditorial

Cannes, une nécessaire vitrine

ÉDITORIAL. Le rendez-vous cinématographique le plus prestigieux du monde s’ouvre ce mardi. Le cinéma d’auteur a plus que jamais besoin de son aura pour exister

Comme l’an dernier, ce sont 21 longs métrages qui s’affrontent pour une place au palmarès du Festival de Cannes. La Palme d'or 2019 sera remise le 25 mai, et six réalisateurs en compétition l’ont déjà obtenue: Jean-Pierre et Luc Dardenne, Ken Loach, Quentin Tarantino, Terrence Malick et Abdellatif Kechiche. Quatre autres ont, eux, déjà été primés à Cannes, mais rêvent de voir le prestigieux trophée rejoindre leur collection: Pedro Almodovar, Jim Jarmusch, Xavier Dolan et Elia Suleiman. Pour en finir avec les statistiques, soulignons que la compétition n’accueille cette année que trois cinéastes qui ne sont jamais venus sur la Croisette. Dont deux – la Sénégalaise Mati Diop et le Français Ladj Ly – défendront leur premier long métrage.

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On prend les mêmes et on recommence. Chaque printemps, des voix reprochent au festival d’inviter ceux qu’il est convenu d’appeler «les habitués». C’est peut-être vrai. Mais il est incontestable qu’en 2019, à l’heure où la consommation de séries télévisées est exponentielle et où le box-office est dominé par des blockbusters américains aux budgets colossaux, le cinéma d’auteur n’a jamais eu autant besoin d’être défendu. Dans les années 1960, une nouvelle génération de cinéastes européens remplissait les salles – on se bousculait pour un Antonioni ou un Bergman. Dans les années 1990, un film comme Breaking the Waves, de Lars Von Trier, attirait les foules. Mais les temps changent: la dernière réalisation du sulfureux Danois a connu une distribution marginale.

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Caisse de résonance

Dorénavant, Almodovar, Loach ou les Dardenne ont besoin de la visibilité mondiale que leur offre Cannes pour exister. Leur présence permet en outre au festival d’aimanter les regards, pour ensuite mieux les détourner vers des réalisateurs et des cinématographies moins visibles, plus fragiles. Mati Diop bénéficiera dans les jours qui viennent d’une formidable caisse de résonance, comme le jeune Franco-Suisse Blaise Harrison, qui dévoilera son premier long métrage de fiction dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. Car le festival propose, en marge de sa médiatique compétition, de nombreuses sections parallèles.

Cannes, c’est une vitrine. Et une vitrine nécessaire, tant le cinéma d’auteur se voit marginalisé du fait des nouveaux moyens de diffusion et de consommation. A l’heure où tout semble disponible partout et tout le temps, la manifestation est une sorte de guide. Elle permet de prendre la température de l’année cinéma à venir, des nouvelles tendances et des talents de demain. De ces cinéastes qu’on traitera dans quelques années d’habitués, à l’instar du néo-trentenaire Xavier Dolan qui, s’il n’avait pas été mis en lumière il y a dix ans sur la Côte d'Azur, n’aurait pas connu la carrière qui est désormais la sienne.

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