Les drapeaux orange vont rejoindre les placards après avoir flotté durant des mois sur les balcons ou dans les jardins, à travers tout le pays ou presque. Cet élan n’a pas touché les cantons alémaniques non urbains et le Valais, qui ont fait la différence en rejetant cette initiative. Le goût de la défaite est particulièrement amer pour les initiants car la majorité des Suisses a accepté ce texte. Les résultats montrent un pays divisé. Ouverture versus conservatisme. Les clivages sont multiples – âge, sexe, ville-campagne – et ils ne cessent de grandir depuis les élections fédérales de 2019.

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Pas de triomphalisme donc au terme d’une campagne extraordinaire qui serait la plus chère de l’histoire avec 18 millions de francs dépensés. Les débats ont été extrêmement tendus avec des attaques de part et d’autre, l’immixtion d’un ministre burkinabé convié par la vert’libérale Isabelle Chevalley, un tout-ménage «trompe-l’œil» des initiants et des annonces pleine page de multinationales ou de banques. La campagne a aussi marqué l’arrivée d’un nouvel acteur capable de lancer des initiatives: les ONG.

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Ces innovations et ces dérapages ne doivent pas faire oublier l’essentiel: la Suisse a débattu comme jamais de sa responsabilité en matière de droits humains et de protection de l’environnement. Ces discussions ont débouché sur de nombreuses promesses, notamment des principales intéressées, les multinationales dont le siège est en Suisse. Elles n’ont cessé de vanter leurs bonnes pratiques et leur volonté de transparence. De la parole aux actes maintenant. Un outil existe pour le prouver: le contre-projet indirect. Les initiants dénoncent une coquille vide. A la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, qui s’est fortement engagée contre ce texte, d’inciter les entreprises concernées à ne pas se contenter d’un rapport annuel prétexte. Elles doivent respecter les droits humains et les normes environnementales… comme le peuple le leur a demandé.

Prendre au sérieux la majorité populaire ne signifie pas remettre en question la Constitution fédérale et la double majorité du peuple et des cantons, l’un des fondements de notre démocratie. Rappelons que ce cas de figure est extrêmement rare. Auparavant, il ne s’était produit qu’une fois, en 1955.

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Le débat va heureusement se poursuivre, étant donné que l’Union européenne devrait adopter l’an prochain de nouvelles directives reprenant en grande partie le texte pour des initiatives responsables. Et le 7 mars déjà, les Suisses se prononceront à nouveau sur un objet socio-économique, l’accord de libre-échange avec l’Indonésie, qui se focalisera autour de l’huile de palme.