Alors que les salaires des managers explosent, le pouvoir d'achat des salariés recule. Cette fois, c'est à notre tour! La reprise nous appartient à toutes et à tous, pas seulement aux profiteurs. Unia et les syndicats de l'USS exigent que les salaires augmentent en 2006 et que l'égalité salariale devienne une réalité!

Les journaux font état tous les jours de bénéfices d'entreprises qui explosent, de dirigeants et d'actionnaires s'en mettant toujours plus plein les poches. Si le cours des actions du Credit Suisse doublait, le bonus d'Oswald Grübel vaudrait la bagatelle de 500 millions de francs, selon les calculs du Blick. Marcel Ospel a pour sa part gagné 24 millions de francs l'année dernière. Il empoche 100000 francs par jour ouvrable, soit plus que le revenu annuel du Suisse moyen. Daniel Vasella (Novartis) gagne 383 fois le salaire des employés les moins payés de la chimie. Ces chiffres qui défient l'entendement scandalisent le travailleur lambda qui perd lentement sa confiance en l'économie de marché.

Mais que nous répondent les managers quand nous réclamons des augmentations lors des négociations salariales? Ceux-là mêmes qui ont augmenté leurs revenus de 14% en moyenne l'année dernière nous disent de modérer nos ardeurs en peignant le diable sur la muraille: la Suisse va mal, notre compétitivité serait mise en danger. Ainsi, les ouvriers qui travaillent dur et qui souvent ne gagnent toujours pas plus de 4000 francs par mois devraient continuer à se serrer la ceinture et voir leur pouvoir d'achat diminuer?

Il suffit! Nous voulons des augmentations de salaire générales et l'égalité salariale entre femmes et hommes sans délai! Nous sommes en droit de formuler cette revendication. En 2005, les bénéfices des 30 plus grandes entreprises suisses ont augmenté globalement de 23%, cela aussi grâce à l'augmentation de la productivité. Dans le même temps, les salaires les plus bas n'ont pourtant augmenté que de 1,3% dans ces entreprises. L'écart salarial entre le haut et le bas s'est encore creusé de 12% à 1:59. Le constat est simple: les bénéfices s'envolent et les dirigeants se gavent. Les salariés restent sur la touche. Le fossé se creuse. Il faut que cela change: nous exigeons un partage plus équitable du gâteau, d'où notre devise pour 2006: «Augmenter les salaires - Cap sur l'égalité».

Il est aussi tout à fait justifié de revendiquer plus pour les femmes qui gagnent toujours en moyenne 20% de moins que leurs collègues masculins. Les 13% de différence sont dus à des discriminations directes. En raison de leurs salaires plus bas, leurs retraites sont également plus faibles. Nous nous sommes fixé comme objectif de supprimer la différence de salaires entre hommes et femmes dans les dix prochaines années avec des mesures concrètes et actives, notamment la transparence des salaires.

Une augmentation de tous les salaires est absolument nécessaire parce que les revenus réels ont stagné ces dernières années. Les maigres augmentations ont été absorbées par les primes d'assurance maladie (+78% en dix ans), les caisses de retraite et les loyers, en augmentation constante. Réclamer de bons salaires pour tout le monde n'est que justice. Des salaires plus élevés apportent la sécurité aux familles, ils réduisent la peur face à l'avenir et, enfin, ils renforcent le pouvoir d'achat, ce qui dope l'économie et engendre davantage de croissance.

Le bilan de quinze ans de politique néolibérale est loin d'être réjouissant. Le fossé entre le haut et le bas de l'échelle salariale s'est encore creusé. La population suisse n'est plus prête à avaler cette injustice. Les partisans du néolibéralisme suisse doivent payer le prix de leur politique. L'UDC, après avoir atteint son zénith, est maintenant sur la pente descendante et commence à perdre. Le Parti radical est, lui, en pleine déconfiture. Les gens ne croient plus aveuglément aux belles paroles des prêtres du néolibéralisme. La preuve en est que les syndicats jouissent d'une grande confiance dans la population. Plus que le Conseil fédéral et nettement plus que les associations patronales.

Le manque de responsabilité sociale de managers qui ne s'intéressent qu'à leur propre salaire et aux profits des actionnaires et ne se sentent plus responsables de leur personnel provoque des remous en Suisse aussi. Les revendications salariales des syndicats sont réalisables, mais une mobilisation des salariés et la pression publique sont nécessaires. Elles ont été payantes dans la campagne sur les salaires minimaux.

Le système suisse prônant des valeurs plutôt égalitaires qui ont de tout temps contribué à la stabilité du pays s'est perverti. Face à la faiblesse du cadre légal pour protéger les salarié-e-s, les syndicats ont comme arme décisive les conventions collectives de travail. Celles-ci doivent garantir des salaires décents aux travailleurs et travailleuses et les faire profiter eux aussi de la croissance économique. Car il n'y a pas de paix sociale sans cohésion sociale!

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