Pour le 50e anniversaire du World Economic Forum (WEF), Klaus Schwab a diffusé un nouveau manifeste pour un capitalisme des parties prenantes (stakeholder capitalism). Selon lui, le capitalisme des actionnaires et le capitalisme d’Etat ne sont plus adaptés aux défis de notre époque. Le premier a été formidable pour créer de la richesse, mais se révèle désastreux pour l’environnement et les inégalités sociales. Le second a été utile aux économies émergentes, mais tombe dans le «biais de la corruption». Fini le friedmanisme et l’étatisme, place à une troisième voie, celle du schwabisme.

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Le «stakeholder capitalism» doit s’inscrire dans la durée, respecte l’environnement et les droits de l’homme, prône le partage et la responsabilité sociale. Son mot d’ordre est: que les entreprises payent leur juste part d’impôts. Cela ressemble à un dépliant d’ONG. Sauf que les règles pour créer ce monde plus juste, contrairement à ce que demandent les ONG, ne doivent pas dépendre d’une meilleure régulation étatique mais d’une autorégulation des acteurs du marché plus performante. C’est ce qui fait dire à André Hoffmann, membre du board du WEF, que s’il est «à 100% d’accord avec les principes qui sous-tendent l’initiative pour des multinationales responsables. Par contre, je dis non quand des politiciens prétendent vouloir nous dicter notre comportement». On dirait du Milton Friedman.

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Philipp Hildebrand, vice-président de BlackRock (ex-patron de la BNS), à propos des entreprises et de l’industrie financière face au défi de la durabilité, dit à peu près le contraire: «Pour moi, une chose est absolument claire: le changement climatique doit en fin de compte être résolu politiquement par des lois et des régulations dans le monde entier.» (Le Matin dimanche du 19 janvier) Un débat vieux comme le marché. Le capitalisme doit changer. Mais qui en décidera? Les entrepreneurs ou les politiques? Une idée pour Davos?

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