#BruissementsDigitaux

Caramels, bonbons et chocolats

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

Mercredi, lors du traditionnel point presse du gouvernement genevois, son président, François Longchamp, concédait se connecter à son compte Facebook «une à deux fois par année». Dans sa bouche, cette remarque ne pouvait que résonner comme légèrement dédaigneuse. Saint François est un homme d’Etat, régnant au-dessus de l’insignifiance des réseaux sociaux, cloaques des propos futiles. Une fois n’est pas coutume, il faut lui donner raison: il a échappé à la déferlante d’hommages pâteux qui a suivi la démission du député Philippe Morel. Du moins sur les écrans.

Deux jours plus tôt, l’élu démocrate-chrétien lâchait les siens. Après s’être illustré par une campagne d’affichage en solo sur le postérieur des bus qu’un généreux mécène lui avait offert en 2013, après avoir abandonné la course au Conseil d’Etat la même année, après avoir menacé de quitter le PDC, après avoir hésité à rejoindre les rangs du MCG, et enfin très récemment après avoir fait liste commune à Vandœuvres avec un paria (le MCG Ronald Zacharias) et un jeune déjà âgé (l’UDC Jérémy Gardiol), et ce à l’insu de son parti, Philippe Morel rejoint finalement les libéraux-radicaux. Beau palmarès et séisme politique, mes yeux sont encore embués. Depuis, les mièvres pensées émues s’étalent, aussi digestes que la succion itérative d’un paquet de fraises Tagada.

Pas question ici de remettre en cause sa stature de star de la chirurgie viscérale, sa présidence de Swisstransplant et sa direction du Centre universitaire romand de transplantation. Mais quel est donc le bilan du soldat Morel au Grand Conseil? A-t-il fait preuve d’assiduité sur le banc des députés? A-t-il mis ses compétences et connaissances professionnelles au service de la politique? Quels projets de loi a-t-il rédigés? L’un d’entre eux a-t-il été accepté?

Une visite salutaire sur le moteur de recherche du parlement genevois esquisse un élément de réponse. Depuis 2009, Philippe Morel a été le premier auteur d’une motion et d’une résolution. Il a été deuxième auteur de deux motions. Il n’a pas déposé de projet de loi. Quant aux absences, l’intéressé a laissé son siège vacant durant la session de septembre (les 18 et 19), d’octobre (les 9 et 10), le 14 novembre à la séance de 20h30 et le 5 décembre.

Voilà quelques indices qui devraient agiter l’esprit du brave chirurgien avant qu’il ne revendique une place sur la liste des candidats aux Etats auprès du PLR.

Comme quoi, poussée à l’écœurement, la mièvrerie a du bon lorsqu’elle génère du sens critique.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.