Quels commentaires vous inspire cette polémique?

Que c'est un chantage à la liberté. Ce qui est lamentable, c'est l'absence d'une réponse, d'emblée, de l'ensemble des institutions européennes. Cela aurait mis un point final à toute tentative de séparer les pays, d'en appeler aux gouvernements contre la presse, etc. De même la même manière, lorsque des otages sont pris, l'Europe devrait répondre d'une seule voix.

Or, lorsqu'il y a eu des otages français, le Quai d'Orsay - notre Ministère des affaires étrangères - a expliqué que les preneurs d'otages se trompaient, vu la politique française en Irak. Ce qui veut dire en clair qu'ils feraient mieux de prendre en otage d'autres Européens, venus de pays qui n'ont pas la même politique que la France en Irak... Ce qui est totalement scandaleux!

La prise d'otages est un crime comme la liberté de la presse est une valeur absolue pour une démocratie. Dans cette affaire, les gouvernements ont fait des déclarations dilatoires qui constituent une sorte de politique de la carpette, de la lâcheté. Et ici, je salue les journaux qui, dans toute l'Europe, ont publié ces caricatures après le scandale. Car là, il y a eu un début de solidarité. J'aurais préféré que tous les journaux les publient, par honnêteté et par défense de la liberté de la presse. Du coup, on n'aurait pas pu sélectionner les Français, les Danois, les Norvégiens comme «devant être pris en otage» dans les pays musulmans. C'est ce manque de réponse d'ensemble qui est le plus terrifiant phénomène, en l'occurrence. Qu'il y ait des explosions fanatiques qui n'engagent pas l'ensemble des musulmans, ni ceux de France ni ceux du monde, ce n'est pas nouveau: on l'a vu dans l'affaire Salman Rushdie. Par contre, qu'il n'y ait pas de réponse européenne est une véritable honte. Et le fait qu'il n'y en ait pas eu non plus contre Rushdie n'est en rien une excuse. Au contraire, avec le temps, on devrait apprendre à résister au chantage.

La question, quelque part, c'est: «Peut-on rire de tout?»

Il existe, dans chaque pays, des lois et si un article ne plaît pas, vous pouvez toujours en appeler aux tribunaux et aux lois du pays. Point. Dans une démocratie, il ne peut y avoir de censure préalable, ni de la part du gouvernement ni de la part de groupes de pression - qu'ils soient politiques, religieux ou économiques. Par contre, chacun a le droit de citer devant un tribunal un article ou une illustration parus, s'ils ne lui paraissent pas conformes aux lois du pays. Jusqu'à nouvel ordre, nous ne vivons pas sous le régime de la charia. Par conséquent, nous ne sommes pas censés la respecter.

La liberté d'expression est donc indiscutable...

C'est le fondement de la civilisation occidentale! Le droit à l'expression libre n'est pas négociable. Si l'ensemble des pays européens affirmaient ce droit, les fanatiques sauraient, dès le départ, qu'ils se heurtent à un mur. Et c'est la meilleure façon de résister au chantage.

Certains disent que l'islam devrait faire sa «révolution des Lumières» et devrait renoncer à vouloir imposer certaines choses écrites dans son livre saint...

On a déjà tort de parler de «l'islam». Les caricatures, en l'occurrence, s'attaquent en général au terrorisme islamique. En particulier, la principale, qu'on fait semblant de ne pas comprendre: quand on voit un monsieur avec une bombe dans le turban. Que ce monsieur soit Mahomet, si vous voulez... Mais c'est bien une caricature du terrorisme islamique. Et le scandale, ce n'est pas la caricature, c'est le terrorisme islamique.

Avez-vous été surpris par l'ampleur et la violence des réactions dans les pays musulmans?

Ecoutez, ça n'est pas très nouveau: il y a eu l'affaire Salman Rushdie. Et puis, à la Noël 1997 ou 1998, en Algérie, le GIA a crucifié deux gosses en se servant de leurs intestins comme guirlande sur un sapin de Noël... Si ce n'est pas de la haine...

Comment appréciez-vous la réaction des musulmans de France?

«Les musulmans», ça n'existe

pas. Il n'y a pas d'Organisation des musulmans. Quand vous interrogez la population d'origine maghrébine en France, elle se dit à 90% musulmane et à 75% non pratiquante. Donc, en aucun cas, les dignitaires religieux ne sont représentatifs des musulmans ou de ceux qui se proclament musulmans en France.

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