(in)culture

Caricaturistes je vous aime

OPINION. Cette semaine, tandis que le «New York Times» est désormais exempt de dessin de presse, un caricaturiste canadien a été licencié. Deux décisions qui mettent à mal la liberté d’expression

Le 7 janvier 2015, le monde découvrait soudainement, brutalement, qu’on pouvait mourir pour un dessin. Les attentats perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo étaient une abominable attaque contre ce principe démocratique inaliénable qu’est la liberté d’expression, mais s’avéraient aussi révélateurs des dommages collatéraux de la révolution numérique. Avant, les caricatures publiées par Charlie faisaient la joie des aficionados de l’hebdo satirique et irritaient ceux qui en étaient les cibles. Mais tout cela restait dans une sorte d’entre-soi. Dorénavant, les dessins circulent à la vitesse de la lumière, peuvent être instantanément partagés à travers le monde, jusqu’à être vus – décontextualisés – par des personnes qui ne peuvent culturellement pas les comprendre.

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Depuis ce funeste mercredi de janvier 2015, on a assisté à une sorte de bipolarisation des commentaires, avec d’un côté les fervents défenseurs de la liberté d’expression et de l’autre des voix jugeant que parfois, certains caricaturistes vont trop loin. Ce qui a le don de me faire hurler. Donald Trump va trop loin en niant le réchauffement climatique; Xi Jinping va trop loin en s’arrogeant la présidence à vie; l’UDC va trop loin en rendant l’immigration responsable de tous les maux. A l’opposé, quelques bons coups de crayon peuvent provoquer des débats, inviter à la réflexion. Alors oui, il m’est arrivé de trouver qu’un dessin était de mauvais goût, inutilement offensant. Et alors? Ce n’est qu’un dessin.

En avril, le New York Times déclenchait une polémique en publiant dans ses éditions internationales une caricature montrant un Trump aveugle, kippa sur le crâne, guidé par un Benyamin Netanyahou croqué en chien. Si ce dessin est politique dans sa manière de railler la politique étrangère de Trump, c’est sa possible dimension antisémite qui a été retenue. Conséquence: depuis le 1er juillet, le New York Times ne publie plus de dessins. Voir un titre aussi prestigieux prendre cette décision est un mauvais signal, plus encore au moment où les Etats-Unis sont «dirigés» – notez les guillemets: attention commentaire – par un président qui aime hurler sa détestation de la presse.

Lire également l'interview de Patrick Chappatte:  Quand on attaque le dessin de presse, c’est la liberté qu’on attaque

Cette semaine, un Canadien ayant signé une caricature stigmatisant le mépris de Trump – encore lui – pour les migrants a été licencié par le groupe Brunswick, qui affirme avoir pris cette décision bien avant. Ce qu’on peine à croire. «Quand on attaque le dessin de presse, c’est la liberté qu’on attaque», dit Chappatte, le dessinateur du Temps. Un journal qui défend plus que jamais la dimension éditoriale du dessin de presse, ce qui me rend fier.

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