Revue de presse

Carlos Ghosn «est cupide et, à la fin, ce n’est qu’une question d’argent»

Les éditorialistes ne sont pas tendres à l’égard de «l’Imperator», «rapace» déchu. C’est d’ailleurs bien plus sa personnalité que l’avenir de son groupe automobile qui leur pose problème

La sanction des marchés, dans ces cas-là, est souvent assez rapide: l’action du constructeur d’automobiles japonais Nissan a plongé de plus de 5% mardi à la clôture de la bourse de Tokyo, au lendemain de l’arrestation choc du dirigeant de son conseil d’administration, Carlos Ghosn, soupçonné de malversations. Le titre a clôturé sur un recul de 5,45%, tandis que celui de Mitsubishi Motors a lâché 6,84%. Voici donc «le demi-dieu à terre», titre La République des Pyrénées: «Sa réputation est ruinée et la chute en bourse de ses joyaux est abyssale. Un milliard d’euros de capitalisation boursière auraient été perdus dans la seule journée de lundi!»


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Mais il y a presque pire. La sanction des éditorialistes, qui déboulonnent la statue du «commandeur» dans le monde entier. Libération n’est pas le plus tendre: «Carlos Ghosn, déjà atteint par un melon taille SUV, dirigeant autoritaire cumulant les fonctions éminentes et passant outre régulièrement les remarques que pouvaient lui faire ses actionnaires sur son avidité sans frein ni ralentisseur, aurait poussé l’hubris jusqu’à s’affranchir aussi des règles fiscales. […] Il faut croire que la morale du capital n’est pas celle du commun des mortels.» L’hubris des Grecs anciens, oui, tout ce qui, dans la conduite de l’homme, est considéré par les dieux comme démesure, orgueil, et devant appeler leur vengeance.

«Il est cupide» et «à la fin, ce n’est qu’une question d’argent», ajoute au Japon le quotidien Yomiuri shimbun, qui cite un responsable de Nissan. D’ailleurs, ces montagnes de pognon sont jugées indécentes au Japon, «où la rémunération moyenne annuelle des dirigeants de plus grands groupes dépasse rarement les 3 millions d’euros», rappellent France 24 et The Economist: «L’archipel applique depuis toujours une modération salariale pour les dirigeants d’entreprise peu compatible avec les standards internationaux. […] Les salaires relativement modestes des PDG japonais s’expliquent, en partie, par le devoir de montrer l’exemple pour encourager l’esprit d’équipe», souligne l’hebdomadaire britannique. Les patrons «vivent généralement dans des maisons modestes, et s’efforcent de venir en métro au travail».

Voilà sans doute en partie pourquoi aussi – pour des raisons morales, donc – «le parquet de Tokyo a confirmé mardi l’arrestation de Carlos Ghosn, PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, suscitant craintes et interrogations sur l’avenir du géant automobile», selon Courrier international. Qui cite les articles – plutôt bienveillants – du journal professionnel Automotive News, du Financial Times, de la Nikkei Asian Review, du Wall Street Journal et de l’agence Bloomberg.

Cela dit, une fois Emmanuel Macron vilipendé pour sa «vigilance», c’est bien plus la personnalité de Carlos Ghosn qui semble poser problème. Il «allait célébrer son vingtième anniversaire chez Nissan, où il avait été nommé directeur des opérations en 1999. Les festivités étaient déjà en préparation pour le grand patron amateur de fêtes et de bals costumés», ironisent un brin Les Echos. Tweetant l’article du Figaro, le directeur du magazine Contre-terrorisme n’est pas moins spirituel:

Sa «chute dans l’abîme», dit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, «et plus encore sa rapidité, ne peut que surprendre». Il avait pourtant l’air d’être «intouchable, celui qui, hier encore, était surnommé l’Imperator», écrit L’Est républicain. Intouchable, celui qui «passe de hiérarque redouté à maillon faible, au point que son empire lui montre la sortie», ajoutent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, qui filent la métaphore automobile sans sourciller: «Formule 1 du patronat, Ghosn est surexposé dans ses embardées pour avoir trop brillé dans ses succès.» Tout comme Le Républicain lorrain: «Une rapacité […] vécue comme un nouvel affront par ceux-là qui, encalminés sur la bande d’arrêt d’urgence, en ont assez de regarder passer les jets.»

L’Obs, lui, préfère les vélos. En 2016, le président non exécutif du groupe automobile tenait un discours éloquent sur les gens qui «ne respectaient pas certaines règles». Dans une interview donnée à la chaîne de TV américaine CNBC, il expliquait que «le problème était les cyclistes qui ne respectent pas le code de la route», comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessous. «Cherchez l’erreur»:

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