Une simple affaire «horlogéro-horlogère»? Loin de là. Le conflit qui accapare actuellement l’organisateur de Baselworld MCH et les marques horlogères va bien au-delà d’une banale querelle de clocher – même si l’on parle bien de fabricants de garde-temps.

La foire attend des marques qu’elles participent aux frais engagés pour l’édition 2020, annulée pour la cause que l’on sait. Les horlogers exigent, eux, que MCH leur rembourse l’intégralité des acomptes versés. Le linge sale est lavé en public et les vieilles rancunes, mises de côté lorsque les affaires marchaient moins mal, refont surface.

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On lit rarement de telles invectives dans la galaxie habituellement veloutée de l’horlogerie suisse. Les marques menacent: sans remboursement intégral, ce sera la fin «pure et simple» de Baselworld. Les organisateurs, eux, soutiennent qu’il est impossible de rendre l’entièreté des acomptes au risque… de mettre en péril la manifestation.

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Seule certitude: personne ne sortira grandi de cette énième crise liée au grand rendez-vous de la montre, quelle que soit la solution trouvée in fine pour régler l’ardoise – car, selon toute vraisemblance, il y en aura une. Les organisateurs reverront certainement leurs prétentions à la baisse (en jouant sur les frais de location de leurs propres halles?) et les marques consentiront à lâcher un peu de lest.

Cette histoire va toutefois au-delà d’une bisbille entre MCH et les horlogers. Car il s’agit en fait d’un fournisseur qui, la faute au virus, n’a pas pu livrer de produits à ses clients alors que c’était initialement prévu.

Propriétaires et locataires, sous-traitants et producteurs, fournisseurs et clients, banques et emprunteurs, assurances et assurés… Dans cette crise, nous passons tous de la position de MCH un jour à celle des horlogers le lendemain. C’est dire si le cas Baselworld doit servir d’avertissement et donner quelques pistes sur la façon dont devront se résoudre les «coronaconflits commerciaux». Car il y en aura – il y en a même déjà – des quantités industrielles.

Les menaces, la rancune et les prises de position ancrées dans le marbre semblent ainsi être des voies périlleuses. La flexibilité, la négociation et le dialogue restent des valeurs sûres. Surtout si l’on se rappelle que tout le monde sortira de toute façon perdant de cette crise. Autant limiter la casse ensemble.