La semaine dernière, ma chronique abordait la question controversée des coûts de la santé en Suisse. Elle m’a valu un abondant courrier. Quelques lecteurs se sont étonné que le vieillissement de la population, une des causes principales de la hausse des primes selon eux, n’ait pas été cité dans l’article. D’autres ont insisté sur la responsabilité du prix excessif des médicaments en Suisse. Exceptionnellement, je me permets donc de revenir sur le sujet cette semaine pour leur répondre. Et casser quelques idées reçues.

Il semble logique que, en vieillissant, des maux apparaissent, qui suscitent des dépenses accrues. Elles passent en effet de moins de 10’000.- francs par an jusqu’à 65 ans, pour atteindre 20’000.- francs à 80 ans et augmenter de façon exponentielle au-delà de 85 ans.

Heureusement, on ne meurt qu’une fois

Mais ce qui donne l’illusion que les classes âgées sont beaucoup plus onéreuses que les autres, c’est la survenue de la mort qui, c’est aussi amoral que révoltant, coûte cher en frais de santé. Cela explique que 7% des assurés occasionnent 50% des frais, en raison des cas lourds concentrés sur les personnes en fin de vie.

Heureusement, on ne meurt qu’une fois! Que l’événement intervienne à 40, 60 ou 80 ans ne change rien aux montants qu’il implique, car c’est dans la dernière année de vie qu’ils explosent. Ainsi, l’OFS (Déterminants et évolution des coûts du système de santé en Suisse, 2007) conclut: «Les dépenses liées au décès constituent une sorte de composante fixe dans les coûts, non associée à l’accroissement de l’espérance de vie […] car une durée de vie plus longue ne fait que décaler dans le temps les dépenses importantes liées à l’année du décès.»

Il faut ajouter à cela, et c’est une excellente nouvelle, que les années gagnées en espérance de vie sont plutôt de bonnes années, sans incapacités notables ni situations de dépendance qui, elles, n’interviennent qu’avec l’arrivée de la mort.

Pas d’influence fondamentale

Des études ont comparé le vieillissement de la population en Suisse à l’augmentation simultanée des coûts de la santé, pour conclure qu’il n’était responsable que de 11% des hausses enregistrées années après années.

Une recherche de l’OCDE arrive à cette même conclusion que 10% à 25% seulement des hausses attendues dans un proche avenir seront attribuables à l’élévation de l’âge de la population. Dès lors, si cet âge restait stable, les primes d’assurance continueraient de croître considérablement. En 2015 par exemple, la hausse aurait été de 3,5% au lieu des 4% que les assurés ont subis.

Passons à la question des médicaments maintenant. Il est souvent admis que leur prix excessif en Suisse serait une cause significative de l’augmentation des primes d’assurance-maladie. Là encore, c’est faux. En effet, les prix des médicaments n’ont cessé de diminuer depuis 1998, et le système de contrôle que la Confédération a introduit en 2006 a encore accentué ce phénomène.

Les génériques beaucoup trop chers

Aujourd’hui, les génériques sont beaucoup trop chers mais les médicaments brevetés ne sont que 10% plus chers en Suisse que dans la moyenne de l’OCDE et moins coûteux qu’en Allemagne ou au Danemark par exemple.

Voilà qui aurait dû se traduire par une baisse des coûts de la santé, direz-vous. Oui mais… malheureusement, tout le bénéfice s’est envolé en raison de la hausse des prescriptions. Toutefois, la contribution des médicaments aux dépenses de santé ne représentait que 12% en 2012, contre 46% aux hospitalisations et 33% aux traitements ambulatoires.

Ainsi, quoi qu’on en pense, ni le vieillissement démographique ni le poids des médicaments ne jouent le rôle principal dans les problèmes que nous connaissons, et l’évolution des pratiques médicales et hospitalières a un impact près de quatre fois supérieur. On en revient toujours au même constat: ce sont la demande (les patients) et l’offre (les médecins et les hôpitaux) qui expliquent l’essentiel de la hausse des primes!

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