Editorial

Catalogne: le gâchis historique

EDITORIAL. La Catalogne s’est déclarée indépendante quelques heures avant de perdre sa large autonomie. Si la sécession menace, c’est surtout dans les têtes

L’histoire retiendra-t-elle ce vendredi 27 octobre 2017 comme la naissance d’une nouvelle république? Ou, dans quelques années, le vote du parlement catalan se sera-t-il dissipé, comme on se réveille d’un mauvais rêve? Après tout, le 15 septembre 1996, le leader de la Ligue du nord Umberto Bossi avait déclaré l’indépendance de la Padanie sans que la face de l’Italie en soit changée. Mais douze ans plus tard, un 17 février, le parlement du Kosovo jetait les bases d’un nouvel Etat, aujourd’hui reconnu par la moitié de la planète.

Nul ne sait quel sera le destin de la Catalogne indépendante. Mais on est pris de vertige. L’Espagne est désormais menacée de dislocation, moins dans les faits que dans les esprits. C’est bien là le plus préoccupant. En effet, la déclaration d’indépendance n’a aucune autre valeur que la force du symbole. Alors que les élus catalans n’avaient pas fini de s’autocongratuler, le parlement espagnol approuvait la mise sous tutelle de la région rebelle.

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Ce n’est pas la moindre des absurdités: la Catalogne s’est déclarée indépendante quelques heures avant de perdre sa large autonomie. Si la sécession menace, c’est surtout dans les têtes. Depuis le référendum du 1er octobre et le choc des intransigeances, le fossé s’est encore creusé entre Madrid et Barcelone mais aussi parmi les Catalans eux-mêmes. Le vote de vendredi l’a démontré jusqu’à la caricature. Une écrasante majorité en faveur de l’indépendance dans un hémicycle à moitié vide, l’opposition ayant quitté la salle. Comme un miroir de la faible participation au référendum.

Sans parler de légalité, inexistante, le «processus», comme disent les indépendantistes, manque de légitimité, tant la société catalane est divisée. Après des semaines d’atermoiements, le président Carles Puigdemont et ses alliés ont choisi la fuite en avant. Sans doute espèrent-ils accroître et resserrer les rangs indépendantistes.
Malheureusement, le gouvernement de Mariano Rajoy ne leur a jamais laissé une porte de sortie honorable.

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Il a lui aussi une écrasante responsabilité dans cette situation d’impasse. Dès ce samedi, policiers et fonctionnaires espagnols vont concrètement reprendre en main les institutions catalanes, une mesure jamais appliquée depuis la fin du franquisme. Le gouvernement va devoir agir avec la plus grande prudence. Il en avait singulièrement manqué en tentant vainement d’empêcher le référendum au prix de centaines de blessés. Sinon, la cause catalane aura ses martyrs. Et d’autres démons se réveilleront, ceux de la guerre civile.

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