éditorial

En Catalogne, le «leurre» indépendantiste

ÉDITORIAL. La Cour suprême espagnole a rendu son verdict. Des peines très lourdes sont infligées aux leaders indépendantistes catalans. Mais cette décision n’apporte aucune solution

Un «leurre», une «chimère», une «tromperie». La justice espagnole, dont le verdict était attendu depuis des mois, a raison: les indépendantistes catalans ont vendu des illusions. Ils ont embarqué leurs concitoyens dans un grand rêve national absurde, dont ils savaient pertinemment qu’il n’avait aucune chance d’aboutir. Avec le recul de deux ans, l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne apparaît presque comme une pure bouffonnerie. Mais cette farce était illégale, chère et dangereuse, et nul ne peut jouer impunément avec la loi.

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La décision de la Cour suprême espagnole a donc force de loi. Mais ensuite? Les principaux accusés, qui ont déjà passé deux ans en prison, écopent de sanctions extrêmement lourdes, qui vont de 9 à 12 ans d’emprisonnement. In extremis, la cour a heureusement abandonné la charge de «rébellion», qui leur aurait valu de voir leur peine doublée. Pourtant, nul ne peut contester le fait que le fond de l’affaire est éminemment politique. Et les questions politiques se tranchent rarement à coups de peines de prison, aussi dures fussent-elles.

Le verdict de lundi ne résout donc rien, bien au contraire. Dans cette vieille dispute historique, quasi éternelle, entre les aspirations légitimes d’une partie de la Catalogne et les résistances tout aussi légitimes d’une partie du reste de l’Espagne, cet épisode pourrait presque compter pour du beurre, au-delà du sort des condamnés.

Sauf que, d’un côté comme de l’autre, cette décision de la justice tombe à point nommé. Le mouvement indépendantiste catalan paraissait désormais un peu en perte de vitesse? Rien de tel que cette obsession de «criminaliser» le rêve indépendantiste pour lui donner un nouvel allant. Quant à l’Espagne (Catalogne comprise), elle se rend aux urnes le mois prochain. Ce sera la quatrième fois en… quatre ans. Seuls les plus obtus pourront prétendre que ces scrutins à répétition ne sont pas le signe que quelque chose ne tourne plus très rond dans le système politique espagnol.

La question catalane vient donc ajouter un peu de sel dans cette nouvelle campagne. Ce sera même l’occasion de toutes les surenchères. Et il faudra sans doute attendre encore un tour, ou deux, avant que la question catalane puisse enfin être empoignée de manière sereine, autrement que sur les bancs d’un tribunal.

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