Editorial

Catalogne: la politique du pire

Madrid va-t-il déclencher ce samedi la mise sous tutelle de la Catalogne via le désormais fameux article 155? L’Europe ne peut pas continuer à faire l’autruche

L’Union européenne (UE) n’arbitrera pas le bras de fer entre Madrid et Barcelone. Les chefs d’Etat réunis jeudi et vendredi à Bruxelles l’ont encore répété. Cette politique de l’autruche prolonge une semaine désolante, qui a débuté par l’emprisonnement de deux leaders indépendantistes catalans, relançant les manifestations à Barcelone. Puis le président de la région catalane, Carles Puigdemont, et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, se sont renvoyé la balle. Et la semaine n’est malheureusement pas terminée. Le gouvernement se réunit ce samedi pour discuter de la mise sous tutelle de la Catalogne, par le biais du fameux article 155 de la Constitution espagnole. Une option radicale qui risque d’enflammer un peu plus les esprits et de précipiter, cette fois, une déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne.

S’il est une leçon à tirer de cet engrenage, c’est que Madrid et Barcelone sont enferrés dans leur guerre d’usure. L’Europe a beau jeu de se réfugier derrière la souveraineté espagnole. Certes, l’UE est composée d’Etats-nations et elle n’a aucun intérêt à pousser à la fragmentation du continent. Elle a fait preuve d’honnêteté en rappelant qu’une Catalogne indépendante n’aurait pas sa place dans le club communautaire, ne serait-ce que parce qu’il faudrait le consentement de Madrid. Aucun Européen sensé ne souhaite l’indépendance de la Catalogne, mais un pourrissement de la crise et son cortège de risques de dérapages n’est pas davantage désirable.


Pour aller plus loin:


Les Catalans eux-mêmes commencent à douter des bienfaits d’un saut dans l’inconnu. Mais, pour éviter une nouvelle fuite en avant, il faut leur offrir une porte de sortie acceptable. Cela passera-t-il par des élections anticipées en Catalogne, comme le suggère désormais Madrid? Reste à savoir dans quelles conditions serait organisé un tel scrutin. Si le gouvernement central a entre-temps supprimé l’autonomie de la région catalane, ces élections risquent bien d’être boycottées par les indépendantistes. On aboutirait alors à un résultat inverse du référendum d’autodétermination du 1er octobre: une victoire des partisans du maintien dans le giron espagnol, mais avec une très large abstention. Le chemin est de plus en plus étroit pour une résolution pacifique de cette crise. C’est une affaire espagnole, mais elle concerne aussi ses voisins, car la préservation de la paix sur le continent n’est pas le moindre des acquis européens.

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