Faut-il parler de Fukushima comme de la catastrophe du siècle? Le siècle est encore jeune et déjà chargé de tragédies: le tsunami en Asie et ses 226 000 victimes, le tremblement de terre en Haïti et ses 222 500 morts, les inondations du Pakistan et leurs 15 millions de sinistrés. Mais les catastrophes ne se mesurent pas qu’au nombre de victimes, et celle-là pourrait être historique.

D’abord, parce que les événements qui se sont succédé ces derniers jours ont à chaque fois obéi au scénario du pire. Samedi 12 mars, une explosion se produit dans le réacteur 1 (la centrale en compte 6). Les murs et le toit s’effondrent, mais l’enceinte de confinement résiste. Suivie lundi par deux explosions dans le réacteur 3. Mêmes effets, mêmes efforts de le refroidir à l’eau de mer. Mardi, à l’aube, c’est dans le réacteur 2 que cela explose, provoquant cette fois une fissure dans sa coque de béton et de métal.

Indice terrible de la gravité de la situation: la quasi-totalité des 800 ouvriers sont alors évacués. Ils ne laissent qu’un dernier carré, dont on devine déjà le sacrifice inouï. Ils ont pour mission de lutter contre l’inéluctable. Lequel se produit au réacteur 4. Dans la matinée, son combustible usagé part en flammes et ouvre deux brèches de 8 mètres dans le mur.

Le spectacle terrible auquel nous assistons est celui de l’impuissance des hommes à contrôler ce qu’ils ont eux-mêmes bâti: une source d’énergie qui irrigue le mode de vie de la planète entière.

Car si le désastre est tellement terrifiant, c’est qu’il ajoute aux éléments naturels – un tsunami – une industrie humaine. Et pas n’importe laquelle: le nucléaire est une technologie prométhéenne dont nous ne contrôlons qu’une partie du processus. L’autre partie est celle des déchets qui ne cesseront d’être mortels qu’après des dizaines de milliers d’années, et surtout celle de l’imprévu. Ce revers sinistre de la médaille se rappelle à notre souvenir et dirige le Japon vers l’enfer nucléaire, sans doute pour longtemps.

On le sait, on le sent, c’est notre fragilité à tous que Fukushima a mise à nu.