Dans le langage de Patrick Buisson, l’ancien spin doctor de Nicolas Sarkozy, on appelle cela «recontextualiser» un événement. Dans celui des spins doctors américains de Donald Trump, on utilise le verbe «to reframe», «reformuler» les choses. Les choses, ce sont évidemment les propos lubriques et salaces tenus par le candidat en 2005 dans les coulisses d’une émission de télé-réalité.

Et c’est ce que tentaient de «reformuler», de «recontextualiser» les partisans de Trump. Quartz, le magazine en ligne américain, raconte: «Comme la campagne de Donald Trump prend l’eau, ses adjoints se sont relayés sur les plateaux des télévisions câblées pour tenter de défendre les propos grossiers de Donald Trump en les recontextualisant comme un symptôme d’un problème sociétal plus large avec le langage cru. Cela n’a pas marché.»

Et pourquoi cet échec? Parce que les pieds nickelés de Trump ont eu la mauvaise idée de s’en prendre à Beyoncé. Leur argumentation? Hillary Clinton déclare trouver le langage de Donald Trump horrifiant, mais en fait elle-même aime ce langage puisque c’est celui utilisé aussi par la superstar Beyoncé dans ses chansons. Et chacun sait qu’Hillary Clinton idolâtre, imite et admire Beyoncé. C.Q.F.D.

Catastrophe, constate Quartz: s’en prendre ainsi à Beyoncé pour excuser les propos lubriques de Donald Trump, c’est se mettre illico la myriade de fans de Beyoncé sur le dos, les fameuses «Beyhive». Ce qui n’a pas tardé, comme le constate Quartz avec une certaine délectation: «charger Beyoncé est une erreur majeure de calcul».

Le Washington Post, celui-là même qui a sorti le premier les extraits de la vidéo de 2005, relate lui aussi avec un certain luxe de détails la tentative désespérée des partisans de Trump pour remonter le cours de l’histoire: «Certes oui, Beyoncé a une bouche un peu fofolle, mais c’est là où s’arrête la comparaison avec Trump. Ce dernier n’était pas en train de lâcher quelques mots lestes et de discuter simplement de sexe: il se vantait d’embrasser et de peloter sans consentement les femmes […].» Et le journal de relayer aussi les réactions outrées du fan-club de Beyoncé:

Et le Washington Post précise que l’on ignore si la personne qui prenait ainsi sur les plateaux télé la défense de Trump en introduisant la comparaison avec Beyoncé suivait exactement le wording de la campagne de Trump ou non. Interrogée, l’équipe de campagne de Trump n’a pas répondu au Washington Post.

Depuis cette anicroche et cette comparaison malheureuse, les titres du monde entier s’en donnent à cœur joie: The Guardian raconte longuement l’effroi qui a saisi la communauté des fans de Beyoncé, citant Twitter et Facebook:

The Atlantic titre: «La présomptueuse insanité de blâmer Beyoncé». Tandis que Business Insider cite un autre soutien de Trump qui entonne la même chanson que Betsy McCaughey. Pour le milliardaire républicain et son équipe, un malheur n’arrive donc décidément jamais seul.

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