Opinion

Cathédrale de Lausanne: pour une Vierge œcuménique

Plutôt que de laisser un vide témoignant de l’absence d’avancées œcuméniques, pourquoi ne pas mettre une figure de l’unité sur le socle au milieu du portail d’entrée de la cathédrale de Lausanne, interroge l’abbé François-Xavier Amherdt. Une «dispute de Lausanne» sera organisée le 13 septembre prochain

Une Vierge de discorde ou d’unité? En cette année du jubilé de la Réforme, l’espace laissé libre sur le socle au milieu du portail d’entrée de la cathédrale de Lausanne (voir Le Temps du samedi 25 mars 2017) pourrait devenir le lieu symbolique d’un geste œcuménique de rapprochement entre les différentes confessions chrétiennes. A l’occasion de la rénovation de ce splendide portail, pourquoi ne pas placer dans l’alcôve restée vide depuis 1909 une belle représentation de la Vierge Marie? Ce serait un signe d’une volonté de réconciliation avec les Eglises sœurs orthodoxe et catholique, de la part de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (l’EERV), et cela resterait un des fruits des célébrations des 500 ans des thèses réformatrices de Luther. Chaque Eglise n’est-elle pas sans cesse appelée à se renouveler de l’intérieur et à se rapprocher des autres confessions et traditions religieuses?

Les raisons qui pourraient conduire à déposer une statue de Marie dans cette niche au seuil de l’édifice? D’abord, la cathédrale a été dédiée à Notre-Dame de Lausanne. Ce serait ainsi un signe de reconnaissance envers l’Eglise catholique du canton de Vaud, qui compte désormais plus de membres en son sein que l’EERV. D’ailleurs, une fois par année, généralement durant l’Avent, la cathédrale de la capitale vaudoise est mise à disposition des catholiques pour une eucharistie, et tous les premiers dimanches du mois, l’une des Eglises membres du Conseil des Eglises chrétiennes du canton de Vaud y organise une célébration ouverte à tous.

«Allergie anti-mariale»

Ensuite, la Faculté de théologie protestante de Genève vient d’ouvrir ce semestre une série de cours de théologie catholique, dans le cadre du cursus de bachelor en théologie, d’entente entre le doyen Jean-Daniel Macchi et l’Eglise catholique romaine de Genève. Avec notamment des enseignements de théologie mariale. Lausanne ne serait ainsi pas en reste par rapport à sa voisine du bout du lac.

L’Eglise catholique du canton de Vaud, qui compte désormais plus de membres en son sein que l’Eglise réformée

Puis, cela donnerait l’occasion aux fidèles, pasteurs, théologiens et responsables de l’EERV de réfléchir à la place de Marie dans leur credo et leurs convictions. Elle a été reconnue mère de Dieu par le concile œcuménique d’Ephèse (431), alors que l’Eglise était encore une, et les magnifiques textes et prières de Calvin et Luther à la Vierge, pétris des passages du Nouveau Testament où la figure de Marie apparaît, ne peuvent que pousser à reconsidérer peut-être une certaine «allergie anti-mariale» réformée sans fondement.

Une nouvelle «dispute de Lausanne»

Les catholiques n’ont-ils pas, de leur côté, assumé au Concile Vatican II beaucoup des intuitions des réformateurs au cœur de leur théologie (le sacerdoce commun de tous les fidèles baptisés, le primat de la grâce et de la foi sur les œuvres, la place éminente de la Parole de Dieu et l’animation biblique de toute la vie ecclésiale, la valeur centrale et unique de la médiation du Christ, l’adoration réservée à Dieu seul au-dessus de la vénération de Marie et des saints)? A cet égard, je me réjouis de l’initiative prise par le pasteur de la cathédrale André Joly de réunir les débattaires à l’intérieur de l’édifice pour une nouvelle «dispute de Lausanne», autour du sens à donner à l’espace à disposition dans le portail, à l’entrée de la maison de Dieu. Elle est programmée pour le 13 septembre prochain!

Car Marie, la petite fille de Nazareth, la femme qui a cru à la parole du Seigneur et en qui, par l’Esprit saint, le Verbe de Dieu a pris chair humaine, se présente au monde, en ce mois de mai qui lui est dédié, comme figure de rassemblement et de miséricorde, pas de division ni d’affrontement. Le Carmel de Notre-Dame de l’Unité: c’est ainsi que s’intitule le monastère des carmélites de Develier, près de Delémont, dans le Jura. Plutôt qu’un chien nommé Pixel (voir encore l’article mentionné et la photo qui l’illustrait), plutôt qu’un vide témoignant de l’absence d’avancées œcuméniques, pourquoi ne pas installer sur ce socle de la cathédrale, ainsi que le propose Jacques-André Haury, ancien député vert’libéral, une figure de Notre-Dame de l’Unité? J’y verrais un signe de progrès et d’intelligence.

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