J’ai 50 ans. Ça veut dire que j’en avais 14 quand est sorti Hôtel des Amériques, en 1981, film d’André Téchiné dans lequel Patrick Dewaere et Catherine Deneuve s’aiment et se déchirent au fil des rues désertes et des immenses plages de Biarritz. Ce n’est pas le meilleur Téchiné. Encore moins le meilleur Téchiné avec Catherine Deneuve. Ma Saison préférée, film de 1993 où l’actrice doit gérer l’excellent Daniel Auteuil en frère pénible et désarmant, est une réussite plus achevée.

Pourtant, j’ai un faible pour Hôtel des Amériques. Déjà, parce qu’il y a l’idole blessée de mes 15 ans: Patrick Dewaere, mauvaise tête, grand cœur, éternel garçon égaré. Surtout, parce que Catherine Deneuve, 38 ans alors, est d’une beauté stupéfiante. Glacée, interdite, mais stupéfiante dans la finesse et la perfection de ses traits. Des traits d’autant plus lisibles que, tendance de l’époque ou consigne du cinéaste, le visage des deux interprètes filmé de près est souvent figé, en arrêt. Imposant le mystère et le respect. D’accord.

Contre la peine de mort, pour les sans-papiers

Le respect. Même si une part de leur colère est sans doute légitime, je ne peux pas m’empêcher d’en vouloir à toutes les personnes qui, durant la semaine dernière, ont craché sur la star. Certes, Catherine Deneuve n’est plus cette figure distante et fantomatique. Quarante après ses rôles de beauté froide, elle est devenue à l’écran, ce qu’elle est, dit-on, dans la vie. Bonne vivante, directe, volontiers potache, voire même un brin vulgaire.

Et «sa» tribune pour défendre les hommes et leur liberté d’importuner n’a pas été son meilleur mouvement. Contrairement à ses combats antérieurs et d’ailleurs vite oubliés, en faveur de l’avortement, contre la peine de mort ou pour les sans-papiers. D’accord encore. Mais je ne pense pas que, parmi ses railleurs, beaucoup aient vu Belle de jour. Ils seraient, j’en suis sûre, plus mesurés. Car il en faut du talent pour exprimer des sentiments sans s’agiter, ni grimacer.

Bien sûr, les critiques s’adressent à la femme, pas à l’artiste. Plus encore, même s’ils sont nominatifs, les griefs visent le texte pamphlétaire plus que l’une de ses signataires. Du haut de son expérience, Deneuve saura bien faire la différence. Elle a d’ailleurs présenté ses excuses aux femmes blessées. Pas rancunière. Mais moi je dis aux ricanants de tous les pays: regardez La Sirène du Mississippi, dans lequel la belle Catherine joue une insaisissable aventurière. Ce plaidoyer pour la fiction et le mystère est une leçon de cinéma et de vie. Merci à Truffaut et à Belmondo. Merci à Deneuve aussi.


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