Opinion

Le CDH menacé par le relativisme

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU voit le relativisme s’emparer de lui, estime Léo Kaneman, président d’honneur du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH)

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU est-il une institution crédible, voire efficace pour condamner – et non pas seulement déplorer – les atteintes aux droits fondamentaux? Quel est son pouvoir auprès des Etats pour que des résolutions contre les atteintes à la dignité humaine ne soient pas de simples gesticulations, mais des décisions contraignantes? Ces questions se posent à l’occasion du 10e anniversaire du Conseil des droits de l’homme qui siège à Genève et dont l’efficacité est régulièrement remise en cause.

Le Conseil des droits de l’homme, composé de représentants des Etats, est l’un des principaux organes de l’ONU chargé de la protection et du développement des droits fondamentaux. Il est loin d’être parfait, car il est souvent muet sur les violations des droits de la personne, pour des raisons de «realpolitik». C’est pour contrebalancer ce silence qu’une Tribune Libre, le Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH), est née il y a 14 ans, dont la création avait été soutenue par le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’époque Sergio Vieira De Mello.

Un bilan contrasté

Malgré ses lacunes, le Conseil des droits de l’homme est incontournable. Plutôt que de commémorer son 10e anniversaire, il nous faut tirer quelques leçons d’un bilan contrasté. L’une des réussites du Conseil est la création de l’Examen périodique universel (EPU). Les ONG approuvent avec discernement cet organisme qu’elles ont contribué à faire exister. Il s’agit de soumettre chaque pays à cet examen pour avoir une information sur les violations des droits de la personne; une nécessité si on veut les éradiquer.

Mais cet examen peut avoir des effets pernicieux: on passe devant l’EPU, on a bonne conscience mais on ne change rien. À l’exemple de la Chine responsable de nombreuses violations: peines de mort, arrestations d’opposants, Tibet etc. Elle peut continuer à réprimer dans le sang et en toute impunité les musulmans ouïgours.

Des exemples positifs

Citons tout de même quelques exemples positifs du bilan du CDH: les recommandations des rapporteurs spéciaux et des experts indépendants de l’ONU ont été très utiles récemment pour empêcher que le pire ne se produise au Burundi. Autre exemple: grâce au Conseil, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté par consensus, le 19 décembre 2011, une résolution qui exclut le concept de diffamation des religions.

Une nouvelle résolution contre le blasphème

Cependant les ONG doivent rester vigilantes et anticiper: en effet certains pays de l’OCI (organisation de la Conférence islamique) n’ont pas renoncé à imposer une nouvelle résolution contre le blasphème qui entraînerait une atteinte grave à cette liberté d’expression si durement conquise. Le Conseil des droits de l’homme n’est-il pas en train de perdre son âme? Il a accepté récemment la nomination d’un représentant d'Arabie Saoudite à la présidence de l’une de ces commissions. Un comble lorsqu’on sait que le droit dans cet Etat est basé principalement sur la charia, lois inspirées par la tradition, source d’oppression sociale, politique et judiciaire sur les femmes, les minorités ou les non-croyants.

On regarde ailleurs

Le risque pour le CDH est de vider de leur substance les principes mêmes qu’il est censé promouvoir et défendre. On le voit aujourd’hui, le Conseil des droits de l’homme est tétanisé lorsqu’une grande puissance viole sans vergogne les droits humains, comme c’est le cas en Syrie, où la Russie alliée de Bachar el Assad massacre massivement les civils dans les fiefs de l’opposition, bombarde les hôpitaux. Alep résiste, mais elle est en danger d’extermination. Et là, l’ONU, les Etats-Unis et l’Europe regardent ailleurs… On négocie, on s’accommode avec la Russie… qui elle continue de bombarder! Non seulement les populations sont suppliciées, mais les institutions internationales sont humiliées.

Le danger du relativisme

Le relativisme s’est emparé du Conseil et au nom d’une culture, du marché, d’une politique ou d’une religion de nombreuses violations ne sont pas condamnées. Plus que jamais les ONG et toute la société civile doivent se mobiliser pour exiger un changement des pratiques du Conseil. Cet organe doit retrouver son âme et, comme le défendait Stéphane Hessel: promouvoir les objectifs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui sont sa raison d’être.

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