Une défaite des minorités, des Noirs, des femmes, des LGBTIQ (ndlr: lesbien, gay, bisexuel, transgenre, intersexué ou queer), la victoire des instincts les plus rances sur l’intelligence, la culture et le bon sens, voici ce que constitue l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. C’est aussi une défaite médiatique ici en Suisse romande tant Hillary Clinton a été magnifiée, son adversaire étant quotidiennement traité de crétin congénital. Pourtant, l’homme a remporté l’élection. En tant que femme, je ne me sens nullement humiliée par cette victoire. La cause féminine n’a certes guère progressé ce 8 novembre mais Hillary en était-elle vraiment l’icône? Il me semble que confier l’étendard à une femme qui a triché lors de son duel avec son challenger démocrate, fort désinvolte lors de son passage au secrétariat d’Etat et à tout le moins intéressée par l’argent n’est pas une bonne idée, nous méritons mieux.

La pensée de l’Amérique profonde

S’agissant du vainqueur, il n’a certes pas toujours utilisé les mots les plus fins pour qualifier la gent féminine, ce qu’on lui saurait gré de corriger. Peut-on néanmoins, sur la base de propos tenus il y a fort longtemps, considérer que le personnage est à jamais un machiste ne voyant dans la femme que le corps et non le cerveau? Il me semble que c’est aller un peu vite en besogne. Traité bien évidemment de populiste, Donald Trump a su, même dans ses pires outrances, traduire la pensée de l’Amérique profonde, des rednecks, ces bouseux dont se moque volontiers l’intelligentsia.

Entre les côtes est et ouest, vitrines prospères et ouvertes au monde, on trouve le pays profond, ce pays oublié de la mondialisation qui n’en voit que la perte d’identité, le chômage et la misère. Ce sont les mêmes électeurs qui, en 1980, ont porté Ronald Reagan à la présidence. L’homme a lui aussi fait l’objet de commentaires désobligeants. On lui doit néanmoins la chute de l’Union soviétique. Attendons donc avant de juger le nouveau président, pour l’heure rien n’indique qu’il sera aux Etats-Unis ce qu’Hollande est à la France.

Une politique recentrée vers l’intérieur du pays

Davantage préoccupé par le sort de ses concitoyens que par la scène internationale, Trump est l’homme susceptible de ramener un peu de sérénité face à la Russie de Poutine. On peut aussi compter sur lui pour avoir une politique enfin claire face au terrorisme. Pour conclure, le président élu éloignera le spectre de l’accord de libre-échange mortel pour notre agriculture. Que demander de plus?

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