Quelle tête les membres du Comité d’Olten auraient-ils faite en découvrant les panneaux qui occupent depuis quelques semaines le hall principal et les travées du Palais fédéral? A n’en pas douter, la surprise aurait été de taille pour les dirigeants de la grève de 1918. Eux, les agitateurs, ceux qui avaient fait trembler la Suisse très bourgeoise de l’époque, se retrouvant exposés, acteurs historiques parmi d’autres, au cœur même du pouvoir institutionnel.

Et pourtant, par une de ces collisions dont l’histoire a le secret, la lutte collective n’était pas que dans les commémorations, ces dernières semaines. Dans plusieurs parties de la Suisse, les ouvriers de la construction protestaient, eux aussi, par des arrêts de travail et des manifestations, contre les positions très dures de la Société suisse des entrepreneurs, pour une convention collective favorable. Ce n’est pas tout à fait la grève, mais ça pourrait le devenir, semblaient avertir les colonnes de maçons défilant par milliers. Face à eux, comme toujours, des voix se sont élevées pour tenter de disqualifier cette manière de faire, supposée archaïque.

Même chez Amazon…

Menacée d’être enfermée au musée, rangée définitivement du côté des ringardises ou, pire, ne suscitant plus que l’indifférence: aujourd’hui, la grève n’a plus vraiment la cote… Et pourtant, elle s’impose encore et toujours, y compris aux travailleurs de l’économie la plus numérique, comme les employés d’Amazon de plusieurs pays européens l’ont démontré à plusieurs reprises ces dernières années.

En 1918, exiger une prévoyance vieillesse, le droit de vote des femmes ou la semaine de 48 heures vous faisait immédiatement passer pour un dangereux bolchevique. Cent ans après, ce sont les conditions minimales à remplir pour un Etat se déclarant vaguement civilisé:

Commémorer la grève générale qui paralysa une bonne partie de la Suisse est donc nécessaire. Pas pour se bercer nostalgiquement d’imageries romantiques en espérant, un jour, les reproduire. Mais plutôt pour se rappeler que toutes les revendications sociales ont toujours commencé par être jugées au mieux farfelues, au pire dangereuses…

Fort heureusement, certaines de ces idées gravement subversives ont terminé leur parcours au parlement fédéral. Pas seulement sur les panneaux photographiques, mais aussi dans les textes de loi.


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