Incidences

Les cent premiers jours du conseiller fédéral Cassis

L'ONU et le nouveau système de promotion au sein du DFAE devraient occuper le début de mandat du nouveau conseiller fédéral, estime notre chroniqueur François Nordmann

CFC – le conseiller fédéral Cassis, selon les initiales que lui proposera l’administration – hérite d’un département démoralisé qui attendait le Messie. Celui-ci n’est pas venu. Le DFAE réservera malgré tout un accueil de bon aloi au successeur de Giuseppe Motta et de Flavio Cotti, qui s’est donné cent jours pour prendre ses marques: rendez-vous donc aux alentours du 10 février 2018. D’ici là, il devra constituer son équipe rapprochée, rassurer la maison et surtout étudier les dossiers. Le ministre devra oublier et faire oublier les propos de campagne du candidat, qui selon l’admirable litote de Mme Leuthard a prouvé qu’il n’était pas plus que ses deux concurrents «un expert des questions européennes». Sur ce point il devra prendre le train en marche et se rendre compte de l’état d’avancement du dossier, qui ne lui laisse aujourd’hui que de faibles marges de manœuvre.

Mais au parlement il devra d’emblée défendre ses budgets, celui de l’administration générale et celui du développement. Il lui reviendra  également de donner des instructions à la délégation suisse à l’ONU: la bataille du budget de l’organisation promet d’être épique du fait de la volonté des Etats-Unis de réduire leur cotisation, ce qui met à contribution les autres Etats membres.

L'enjeu de la réforme de l'ONU

Plus généralement, la question se posera de savoir quelle ligne le nouveau chef du Département des affaires étrangères entend suivre. Va-t-il s’inscrire dans le cours peinard de la politique étrangère suisse actuelle – défense tous azimuts de la cause des droits de l’homme, du droit international et offre permanente de bons offices, souvent limités à la mise à disposition de quelques palaces de Genève à Crans-Montana, et peut-être demain Lugano ou, selon une noble tradition, Locarno… – ou bien voudra-t-il insuffler plus de dynamisme à la diplomatie suisse et donc prendre plus de risques pour lui donner un profil plus élevé? Nombreux sont ceux qui le réclament à l’intérieur de l’administration fédérale. L’ONU serait un terrain privilégié pour dépasser la Suisse des bons sentiments, et aller au-delà des bonnes causes telles que l’eau, la non-violence et la justice internationale. L’ONU est un monde que le nouveau ministre connaît et qu’il a naguère cultivé: n’était-il pas membre du comité de l’Association suisse pour les Nations unies? le fait est que dans une situation mondiale de plus en plus dangereuse, l’ONU est en crise. Le débat général qui s’est tenu la semaine dernière l’a démontré à satiété. Il ne suffit pas de se ranger derrière le programme de réforme présenté par le secrétaire général ni de rendre hommage au système multilatéral pour assurer sa survie. Un engagement fort des Etats membres est requis, avec un sentiment d’urgence tel que l’ont exprimé, par exemple, la France ou le Royaume-Uni. Les Etats membres doivent se réveiller, et la Suisse peut jouer un rôle plus politique et plus déterminé à cet égard.

Nouveau système de promotion 

Le nouveau ministre va devoir se pencher dès le début sur l’organisation de son département. Le DFAE est en train de vivre la mise en place d’un nouveau système de traitements et de promotions. Le chef du département se doit de veiller au bon déroulement de ce processus délicat. Il devrait aussi éviter de déstabiliser le personnel avec des nominations intempestives ou partisanes; le team qu’il est en train de choisir dans son entourage immédiat aura à se greffer sur les directions et divisions et non pas fonctionner comme un cabinet plus ou moins inaccessible. Le nouveau ministre peut obtenir davantage de ses collaborateurs s’il leur donne davantage de responsabilités, met en valeur leurs prestations, et supprime les chicanes bureaucratiques, aussi bien à la centrale qu’à l’étranger. Pour cela, il doit monter au front personnellement et résister à la pression de ses amis qui réclament la tête de la secrétaire d’Etat, en place depuis une année seulement. Qu’il voie d’abord s’il peut travailler avec elle. Elle a été choisie pour ses compétences et non en raison de son affiliation politique.

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