Il y a un mois, Dieter Majer, directeur du Département de la sécurité nucléaire du Ministère de l’environnement allemand, affirmait ici que la politique nucléaire allemande était plus orientée sécurité que celle de la Suisse (LT du 27.06 .2013).

La critique selon laquelle l’évaluation des risques pratiquée par l’autorité de surveillance suisse n’est pas toujours compréhensible diffame le travail, reconnu aux niveaux national et international, de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Elle contribue du reste de manière irresponsable à l’inquiétude de la population suisse. Le jugement est privé de toute base technique.

Pour pouvoir évaluer la sécurité des installations nucléaires, une connaissance détaillée de leur état et de leur fonctionnement est nécessaire. En plus de chaque exploitant, l’IFSN a la connaissance la plus compétente et la plus complète. Le Tribunal fédéral l’a clairement signalé dans les motifs du ­jugement de mars 2013. Plus de 140 spécialistes avérés et indépendants travaillent quotidiennement à l’IFSN pour la sécurité de l’être humain et de l’environnement.

La surveillance nucléaire est opérée dans tous les Etats de droit en fonction de la législation en vigueur. Ceci est valable aussi bien en Allemagne qu’en Suisse. Au contraire de l’Allemagne, la Suisse a, ­depuis de nombreuses années déjà, inscrit dans sa loi sur l’énergie nucléaire des devoirs détaillés, pour les exploitants, quant à l’amélio­ration de la sécurité. L’IFSN veille méticuleusement au respect de ces dispositions. La loi sur l’énergie nucléaire exige ainsi dans son article 22 que le détenteur d’une auto­risation doit «accorder en permanence la priorité voulue à la sécurité nucléaire lors de l’exploitation». En vertu de cet article, il doit également «prendre les mesures nécessaires pour maintenir l’installation en bon état». Le détenteur de l’au­torisation doit encore «rééquiper l’installation dans la mesure où les expériences faites et l’état de la technique du rééquipement l’exigent, et au-delà si cela contribue à diminuer encore le danger et pour autant que ce soit approprié».

En Suisse, la sécurité est le critère décisif pour l’application de mesures de rééquipement. En raison du droit déjà, toutes les mesures nécessaires pour des raisons de sécurité sont mises en œuvre. Cela a conduit à ce que toutes les installations nucléaires suisses remplissent aujour­d’hui non seulement les exigences légales minimales, mais disposent également, dans de nombreux domaines, de marges de sécurité supplémentaires. La règle de la priorité à la sécurité, liée au devoir de rééquipement – valable depuis des années – de la loi sur l’énergie nucléaire suisse, a débouché sur un niveau de sécurité des centrales ­nucléaires suisses au-dessus de la moyenne en comparaisons européenne et internationale. Les examens internationaux réalisés ces dernières années le confirment à l’unisson. Le test de résistance de l’Union européenne réalisé récemment est à citer dans ce contexte. Il visait principalement à déterminer les marges de sécurité et les limites de charge critiques en cas d’événements externes extrêmes.

La question du vieillissement des installations est également suivie de près par la surveillance nucléaire suisse depuis de nombreuses années; cela s’explique déjà par le fait que, au contraire de l’Alle­magne, la surveillance du vieillissement est un devoir légal en Suisse. L’article 35 de l’ordonnance sur l’énergie nucléaire exige que le détenteur de l’autorisation effectue une «surveillance systématique du vieillissement de tous les équipements et de toutes les constructions dont la fonction et l’intégrité comptent pour la sécurité et la sûreté». Grâce à des méthodes reconnues au niveau mondial, l’état du vieillissement peut être contrôlé et pronostiqué de manière précise. Il est ainsi possible de garantir que les limites claires définies en Suisse à propos du vieillissement des matériaux sont respectées dans tous les domaines comptant pour la sécurité, et ce, lors de l’ensemble de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires.

Dans le texte mentionné, la déclaration sur la centrale nucléaire d’Obrigheim est incorrecte. Cette centrale n’a pas été désaffectée en raison de problèmes de sécurité. Obrigheim a respecté toutes les exigences de sécurité valables, jusqu’au dernier jour d’exploitation. Cette centrale a surtout dû être ­désaffectée car elle avait atteint son contingent de production de courant défini dans le cadre d’une convention de consensus entre le gouvernement fédéral et les entreprises allemandes d’approvisionnement électrique. En conséquence, cette centrale ne pouvait plus être exploitée suite à l’entrée en vigueur de cette règle. Du reste, c’est en raison de décisions d’ordre politique et non pas pour le non-respect des ­exigences de sécurité en vigueur que plusieurs centrales nucléaires allemandes ont été mises hors service après l’accident de Fukushima en 2011.

L’autorité nationale de surveillance, aujourd’hui l’IFSN, impose le droit en vigueur pour ­l’énergie nucléaire et la sécurité de manière conséquente, courageuse et appropriée. Cela contribue pour une part importante au standard de sécurité élevé en Suisse. Cette voie est à suivre avec persévérance. Du reste, l’IFSN a créé cette année une plateforme permettant de traiter les questions du public en relation avec la sécurité technique: www.ifsn.ch.

Membre du conseil de l’autorité suisse de surveillance (IFSN) depuis 2012, Oskar Grözinger a été auparavant responsable du domaine de surveillance de l’énergie nucléaire et de radioprotection au Ministère de l’environnement du Bade-Wurtemberg à Stuttgart

L’évaluation des risques par l’autorité de surveillance n’est pas compréhensible? Pure diffamation!

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