éditorial

Quand le centre droit se vide de ses forces

Les réalités historiques où s’ancraient la domination du PLR et du PDC s’évaporent. Les conséquences risquent d’être incalculables

La politique suisse évolue lentement, dit-on. Mais il est un moment où les changements graduels, parce que tenaces et irréversibles, finissent par se voir. Ainsi en est-il de l’effondrement des partis du centre droit, PLR et PDC. Si la tendance apparue ce week-end à Zurich se confirme dans six mois aux élections fédérales, les conséquences pour la Suisse en seront incalculables.

Longtemps, en effet, le pouvoir et la société helvétiques se sont structurés autour de deux figures que l’on pourrait caricaturer ainsi: le notable radical, banquier et membre du Rotary, et le cacique démocrate-chrétien campé dans sa vallée alpine. Ils étaient unis par la domination qu’ils exerçaient sur la politique, l’anticommunisme, la foi dans le progrès alliée à une vision conservatrice de la société.

Aujourd’hui, les réalités historiques d’où surgissaient ces deux personnages n’existent plus. La Suisse du centre n’est plus assez monolithique pour que des partis attrape-tout, reposant sur un clivage confessionnel dépassé, puissent encore la représenter. A l’instar d’une carrière dans l’armée ou l’appartenance à la franc-maçonnerie – institutions en crise, elles aussi –, être membre d’un parti bourgeois n’est plus synonyme d’accès privilégié au prestige social. D’où l’érosion des forces militantes, souvent criante sur le terrain, qui rappelle le brusque déclin du Parti communiste français dans les années 1980. Quant aux électeurs, ils fuient désormais dans deux directions: vers la droite et l’UDC – cela dure depuis bientôt vingt ans – mais aussi, désormais, vers la gauche et les Verts libéraux, qui menacent de voler au centre ce qui lui reste d’électorat libéral progressiste.

A mesure que le sol se dérobe sous leurs pieds, les dirigeants du PLR et du PDC donnent l’impression de ne plus savoir quel nouveau personnage ils doivent incarner. En témoignent leurs volte-face sur «l’argent propre», l’Europe ou le nucléaire (pour les radicaux), sur l’écologie pour les démocrates-chrétiens – que le parti le plus engagé dans l’éradication du loup veuille se poser en gardien de l’environnement en dit long sur le désarroi actuel.

Il se trouvera assez d’experts, ces prochains jours, pour expliquer à ces formations comment se redresser. Bornons-nous ici à ce constat: la politique a horreur du vide, et l’UDC a entamé la conquête méthodique des milieux – banques, PME, professions libérales… – où le centre droit régnait en maître. S’il ne se ressaisit pas, d’autres prendront sa place. Peut-être plus vite qu’on ne l’imagine. ö Page 3

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