Pour nombre de militants et sympathisants du PDC, l’abandon de la référence chrétienne dans le nom de leur parti sonne comme un renoncement. L’aveu d’échec pour ce que le philosophe personnaliste Etienne Borne avait qualifié, parlant de la démocratie-chrétienne européenne, de «vaste promesse qui n’a jamais été tenue», la troisième voie humaniste entre marxisme et capitalisme libéral. A ceux qui lui reprochent l’abandon des valeurs contenues dans la référence chrétienne, le président, Gerhard Pfister, peut certes avancer, dans les colonnes du Temps, que «nous allons toucher un nouveau public qui se sent proche de notre politique, basée sur des valeurs avant tout humanistes, qui concilient liberté, solidarité et responsabilité». Mais quel parti suisse, y compris l’UDC, ne pourrait se réclamer de l’humanisme, terme un peu fourre-tout, de la liberté, de la solidarité et de la responsabilité? Ce qui faisait dire, de manière caricaturale, à l’écrivain George Arès dans La Suisse, avenir de l’Europe?, que «tous sont également libéraux, sociaux et démocrates; tous sont pareils et interchangeables».

Retour du néoconservatisme

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les Adenauer, Schuman, De Gasperi avaient pour projet une société libre, plus juste et plus solidaire, échappant aux totalitarismes, une Europe instrument de paix. Leurs valeurs: les droits humains, la dignité de la personne au cœur de la société, la communauté naturelle que représente la famille, le fédéralisme, la capacité à surmonter les idéologies par des compromis. Le retour en force du néoconservatisme, la pratique du pouvoir, les compromissions, la souveraineté des individus auront eu raison de ces beaux projets. La démocratie-chrétienne européenne, ou du moins ce qu’il en reste, côtoie désormais au sein du Parti populaire européen aussi bien le Fidesz de Viktor Orban que les identitaires Grecs de la Nouvelle Démocratie.

Le Centre a-t-il un avenir?

En se plaçant sous la bannière du Centre, de parti porteur d’une certaine vision de l’homme le PDC se transforme en simple machine électorale. Gerhard Pfister l’admet: «C’est une occasion d’augmenter notre part électorale mais surtout de renforcer nos positions politiques.» Il avoue ainsi implicitement que l’idée démocrate-chrétienne, la conception chrétienne de la dignité de la personne humaine, n’a plus d’avenir. Mais Le Centre en a-t-il un? Peut-il être autre chose qu’un lieu géométrique? Sans encore de doctrine, puisque le président se donne pour mission de «donner un contenu à cette nouvelle marque», sans culture propre, sans cohésion de groupe, sans autre fil que le rejet des extrêmes, le centrisme apparaît d’abord comme une stratégie pour rester au gouvernement. Peut-être est-ce la seule voie praticable dans une société des individus qui a laminé les partis basés sur une Weltanschauung, une vision du monde. «La mort des idéologies a laissé un vide d’espérance qu’il est urgent de combler», concluait l’historien de l’Eglise Philippe Chenaux dans une chronique publiée dans Le Temps en 2016. Dans les combats pour plus de justice sociale et moins de pauvreté, contre les menaces qui s’accumulent sur la planète, pour la juste place de l’humain dans son environnement, contre l’isolement des individus, pour la construction d’une communauté solidaire, pour une Europe instrument de paix, sur tous ces thèmes il y a une réelle attente. Mais un tel discours est-il encore audible par un électorat flottant?


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