Cette fois, c’est clair. Ce ne seront pas des entreprises privées qui développeront le certificat covid. Mais bien la Confédération. La décision annoncée vendredi par l’Office fédéral de la santé publique a le mérite de clarifier les rôles. Mais le plus dur est à venir pour Berne. Car les autorités ont deux responsabilités gigantesques à assumer.

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La première, la plus triviale, est tout simplement la réussite technique de ce projet. Sur ce point, les expériences passées n’incitent pas à l’optimisme. Ces dernières années, la Confédération a subi une série de revers désolants, entre dépassements de délais, surcoûts et perte de maîtrise de certains projets. Ces échecs ont été le plus souvent indolores pour les citoyens. Mais avec le certificat covid, présent dans nos téléphones, la moindre erreur aura des conséquences importantes et immédiatement visibles.

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Loin de nous l’idée de dire qu’une solution privée, comme celle d’ELCA et Sicpa, aurait été préférable. Leur système, conçu par des entreprises à la réputation sérieuse, semblait abouti et techniquement solide. Mais il peut aussi être légitime, pour l’Etat, d’assumer lui aussi le rôle de prestataire de cette solution jugée si importante. A la Confédération de prouver qu’elle a les moyens de ses ambitions.

La deuxième responsabilité est plus importante encore. C’est celle de justifier l’existence même de ce certificat. Là, ce sera au politique d’agir. Pourquoi lancer si tard ce certificat, alors que plus d’un million de personnes sont totalement vaccinées? Quelle est la justification d’un système que beaucoup craignent discriminatoire? Est-ce vraiment le prix à payer pour lever toutes les restrictions? Le seront-elles vraiment au moment où ce système sera lancé? A quelles prestations donnera droit ce certificat, et à quelles conditions exactement? L’Etat assumera-t-il le fait qu’une fraction, même infime, de la population ne pourra peut-être pas accéder à ce certificat?

Ces questions sont vertigineuses et appellent des réponses rapides et limpides de la part du Conseil fédéral, et pas de la part de l’administration. Bien sûr, la technologie aura un rôle à jouer. Mais gare à la tentation du «solutionnisme» technologique: sans finalité précise, sans justification claire venant du politique, le certificat covid ne servira à rien. Prudence, donc, avec un outil numérique dont nous savons si peu.