Dans un article récent et intéressant, publié par le Times Literary Supplement, la romancière, essayiste et poétesse ukrainienne Oksana Zaboujko reprochait aux lectrices et lecteurs occidentaux leur naïveté à l’égard de la barbarie russe. Trop de gens, affirmait-elle, pensent que les grands écrivains russes, comme Fedor Dostoïevski, expriment les valeurs humanistes européennes. Ils n’ont pas regardé assez profondément au fond de la violente âme russe. Pour Zaboujko, la littérature russe témoigne d’«une culture archaïque avec des gens qui ne respirent que sous l’eau et développent une haine ordinaire envers ceux qui ont des poumons plutôt que des branchies». On ne peut comprendre l’invasion de l’Ukraine qu’au prisme du dostoïevskisme, défini comme «l’explosion d’un mal pur, condensé, et d’une envie, d’une haine longtemps réprimées».