La nationalité revêt une importance cruciale, au cœur de la construction du lien entre l’Etat et ses administrés. C’est par elle qu’est définie l’appartenance à la communauté nationale. La Suisse fait partie des pays où ses conditions d’acquisition sont les plus restrictives. Elle se fonde sur le droit du sang (jus sanguinis). C’est par filiation que l’on devient Suisse, une filiation patriarcale qui, jusqu’en 1952, faisait perdre leur nationalité aux Suissesses épousant un étranger.

Elle vise aussi à tenir à l’écart les personnes réputées «non assimilables», les juifs (en particulier d’Europe orientale) et dès la fin du XIXe siècle les travailleurs immigrés; parmi eux, les Italiens qui subissent alors racisme, rejet et violences. Corvéables à merci, les travailleurs immigrés répondent aux nécessités du marché du travail, jouant le rôle de «tampon conjoncturel», selon la formule de l’historienne Brigitte Studer. Les autorités contrôlent l’immigration et la refoulent lorsqu’elle cesse d’être utile aux entreprises. Et pourtant… comme l’écrivait Max Frisch au début des années 1960: «Ils voulaient des bras et ils eurent des hommes.» Fallait-il leur donner des droits?