En 1883, ayant racheté le New York World, Joseph Pulitzer annonce son programme: «Dans cette ville magnifique et qui ne cesse de grandir, il y a place pour un journal à la fois bon marché et intelligent, intelligent et généraliste, généraliste mais aussi vraiment démocratique, voué à la cause du peuple plutôt qu’à la bourse des potentats, consacré aux nouvelles du nouveau monde plutôt que de l’ancien monde, un journal qui révélera au grand jour la fraude et le mensonge, qui combattra tous les méfaits et abus publics, qui se battra pour les gens avec une constante sincérité.»

Style mis à part, le programme Pulitzer s’énonce à l’identique aujourd’hui dans la plupart des salles de rédaction des médias de masse. L’ambition pulitzérienne n’a pas changé. Seules ont changé les conditions de sa mise en œuvre. La publicité commerciale, qui a toujours subventionné les coûts de l’information, déserte les entreprises de médias pour les plateformes numériques. Le compagnonnage historique entre le demi-mensonge publicitaire et la quasi-vérité de l’information se termine par une rupture. C’est l’information qui en pâtit. Qui paiera désormais pour que soient connus «les abus et méfaits publics», que soient répandues «les nouvelles du nouveau monde plutôt que de l’ancien», que soit défendue «la cause du peuple plutôt que la bourse des potentats»? On appelle les secours.