On a tous fait l’expérience, ces dernières semaines, d’arpenter des rues ressemblant à un décor de cinéma figé tant la vie y semble absente. En allant courir tôt le matin, il m’est arrivé, comme lors de ces courses populaires qui offrent le plaisir de ne pas avoir à se soucier du trafic, de pouvoir traverser des rues vides quasiment à l’aveugle, de ressentir un puissant sentiment de liberté alors même que l’époque est au retranchement, à la prudence, aux gestes barrières.

Darrin Vanselow ne court pas, il photographie. Depuis le début de la crise, il arpente nuitamment les grandes villes romandes pour en capter l’atmosphère étrange, cette impression d’un monde à l’arrêt. Alors que certains de ses confrères vont là où ça se passe, dans les hôpitaux où le combat contre le Covid-19 est le plus visible, il préfère rêver comme un promeneur solitaire. On se croirait dans un film d’épouvante, dit-il pour résumer ce qu’il ressent lorsqu’il se retrouve isolé au milieu d’espaces qui sont naturellement conçus pour le groupe, le collectif.