Les marchés financiers broient du noir. Depuis le début de l’année, les cours boursiers chutent un peu partout dans le monde, les taux de change s’agitent, la tempête s’étend. Sommes-nous à la veille d’une nouvelle crise majeure? C’est possible, mais peu probable.

Il ne manque pas de raisons pour se faire des soucis. L’inscrutable Chine, désormais deuxième économie mondiale, essaie de retomber sur ses pieds après des années de croissance dopée par le crédit. Les pays producteurs de matières premières traversent une période difficile maintenant que le premier importateur, la Chine, est en retrait. Dans certains pays émergents majeurs, en particulier le Brésil et l’Afrique du Sud, une crise économico-politique vient sanctionner des années de gestion que l’on peut pudiquement qualifier de douteuses.

La situation ne peut pas être catastrophique

Tout ceci est indéniable. Mais il n’y a pas que des nouvelles inquiétantes. Si elle n’est pas enthousiasmante, la croissance aux États-Unis est bien installée. Avec un taux de chômage qui frôle les niveaux bas historiques, les consommateurs sont en forme, et c’est là l’essentiel. La situation en Grande Bretagne est semblable. L’Espagne renaît de ses cendres. L’Allemagne avance modestement, mais elle avance. L’Italie et la France sortent lentement de leurs années noires.

Quand on réalise que les économies des pays développés représentent 68% de l’activité mondiale, contre 13% pour la Chine, on se dit que la situation ne peut pas être catastrophique. D’autant plus que les graves crises ne sont pas dues à une baisse de l’activité économique, mais à des troubles financiers. Même les chutes boursières n’ont pas d’effets catastrophiques tant que les banques tiennent le coup. Le vrai talon d’Achille, ce sont les banques.

La peur mauvaise conseillère

Pourquoi tant de fébrilité sur les marchés financiers, alors? En bref, parce que la peur est mauvaise conseillère. Le souvenir de la crise de 2008 est vivace. Les marchés avaient péché par excès d’optimisme et ont bien l’intention de ne pas se faire reprendre. Cet optimisme était basé sur une ignorance de ce qui se passait dans les banques, en particulier les paris dangereux soigneusement parqués dans ce que l’on a appelé le hors-bilan, essentiellement de multiples filiales créées pour échapper aux superviseurs.

Lorsque la crise a éclaté, on a ouvert ces placards secrets. Or, en dépit de profondes réformes bancaires, le hors-bilan n’a pas disparu, bien au contraire. Donc on sait que l’on ne sait pas, et c’est énervant. Chaque financier qui se respecte considère que la prudence élémentaire est de se débarrasser de tout ce qui pourrait s’avérer dangereux. Quand ils font tous la même chose, les bourses sont très mal en point, ce qui ne fait que confirmer les comportements prudents. Si ça dure, ça pourrait même faire des dégâts.

Il n’y a plus de filet de sécurité

Le problème, c’est qu’il n’y a plus de filet de sécurité. Les banques centrales ont créé des montagnes de liquidités, en partie pour doper les banques. Elles ont inventé les taux d’intérêt négatifs pour encourager les emprunts, mais les emprunteurs sont plutôt inquiets et les banques en souffrent. On ne voit pas ce qu’elles peuvent faire de plus. Les gouvernements sont entrés en hibernation, obnubilés par la taille de leurs dettes. Comme dans les années 1930, avec ce grand retour de l’orthodoxie budgétaire, on ne peut pas compter sur eux.

C’est triste à dire mais, dans ces conditions, la sortie de cette mauvaise passe dépend des marchés financiers et de leur comportement moutonnier. Notre planche de secours est le vieil adage boursier selon lequel le moment d’acheter est lorsque les cours sont bas. Si la dégringolade continue, quelques petits malins vont suivre l’adage. Alors, les autres suivront. En attendant, notre sort dépend de nous, les consommateurs. C’est le moment d’emprunter pour dépenser et ainsi soutenir l’activité jusqu’à ce que les marchés financiers retrouvent un peu de sérénité.

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