Comme le souligne l’économiste Elie Cohen, s’il est un enseignement qui ressort avec évidence de la crise du Covid-19, c’est que l’Etat français autoritaire, centralisateur et procédurier est à repenser. Une observation largement partagée par des Français désormais plus ouverts à une évolution de leurs institutions. Emmanuel Macron avait, au début de son mandat, non sans audace, indiqué une vision girondine nouvelle, rapidement contrariée par les «gilets jaunes» et les grandes grèves liées à la réforme des retraites, puis dans les transports. Il a néanmoins – après avoir, comme jamais, débattu sur le terrain un peu partout et des semaines durant – invité les Français à se réinventer, y compris lui-même, avant d’annoncer des propositions fortes pour le «monde d’après».

Prononcer le mot qui ne fait plus peur

La France des mille fromages mais aussi celle des mille syndicats, celle des fièvres hexagonales et corporatistes, où le moindre compromis est vécu comme une compromission, a commencé à regarder avec un intérêt nouveau les succès du système fédéral basé sur la recherche du consensus. L’Allemagne voisine – qui s’est reconstruite sur les décombres du nazisme en faisant justement du consensus la vertu cardinale –, mais aussi la Confédération helvétique – qui reste la référence démocratique ancienne et moderne à la fois, même s’il faut surtout se garder de toute transposition – doivent pouvoir nous inspirer, nous Français. De fait, le mot même de «fédéralisme» que, jusqu’à il y a peu, on osait à peine prononcer, ne fait plus peur.