Revue de presse

Cet Achille Casanova que nous avons tant aimé

Comme porte-parole du Conseil fédéral, le Tessinois disparu aura marqué son époque. Dans les médias et à Berne, il laisse un souvenir ému à tous ceux qui ont admiré son professionnalisme, son éloquence et son charisme

Il avait un prénom de combattant de l’Iliade et un patronyme de grand séducteur: la disparition, dimanche de l’ancien vice-chancelier de la Confédération, Achille Casanova, ne laisse pas les médias indifférents. Avec son quart de siècle à leur service et de nombreuses années au poste de porte-parole du Conseil fédéral, le contraire eût étonné, le personnage ayant marqué les coulisses de l’histoire politique de ce pays. Par son professionnalisme, par son charisme aussi. Pour la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), il n’était rien de moins que le «pape de l’information» («Informationspapst»).

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Pensez: avoir côtoyé l’intimité de 26 conseillers fédéraux dont il a toujours «communiqué les décisions avec plaisir», dit la NZZ, ça vous forge une carrière! Il était «le chirurgien esthétique et clairvoyant» de messages pas toujours agréables à entendre. «Non seulement éloquent et doué dans les langues», mais aussi «extrêmement populaire», qui s’adressait aux journalistes «avec esprit et répartie»: «La douleur de ses amis, politiciens, gens des médias et observateurs politiques sur les réseaux sociaux» en témoigne. «Casanova occupait la fonction spécialement créée pour lui avec maîtrise […] et avec une inspiration qu’on pourrait souhaiter à tous ses successeurs.»

«Même quand il ne pouvait rien dire, il s’acquittait de sa tâche avec éloquence» de sa «jolie voix basse» et avec son «œil enjôleur»: décidément, «le truculent Casanova aura marqué son époque», confirment les éditions imprimées de «24 heures» et de la «Tribune de Genève». Avant lui, «le Conseil fédéral maîtrisait complètement l’agenda politique et communiquait quand bon lui semblait. Avec la montée en puissance des médias, la rétention d’informations s’est révélée de plus en plus ardue.» Il fallait un «pro», et ce fut lui.

On raconte aussi, à propos de ce grand polyglotte et défenseur des langues nationales «parlant français avec un délicieux accent tessinois», «qu’un malheureux employé alémanique a eu un jour l’outrecuidance de parler en suisse allemand lors d’une réunion». Et que fit l’egregio signore Casanova? Il «lui a passé une bordée… en dialecte tessinois».

«L’homme était un fidèle serviteur, mais jamais servile», commentent pour leur part le Tages-Anzeiger et le Bund. «Nous l’avons tant aimé» a d’ailleurs dit lundi à l’ATS l’ex-conseiller fédéral Samuel Schmid, en se remémorant «La Voce» et ses fameuses conférences de presse trilingues, particulièrement «lorsqu’un nouveau conseiller fédéral était élu». Avec tous ses hommes et femmes de pouvoir qu’il a côtoyés, «de Kurt Furgler et Willi Ritschard à Pascal Couchepin et Christoph Blocher, en passant par Elisabeth Kopp et Otto Stich», il avait dit avoir dû «bâtir une relation de confiance».

Il avait d’ailleurs «été particulièrement touché lors de la démission d’Elisabeth Kopp, de celle de Jean-Pascal Delamuraz en raison de sa maladie et de la «désélection» de Ruth Metzler. Au moment de son départ en 2005, Casanova s’était plaint de l'«intolérance croissante en politique, du fait que les décisions du gouvernement fussent vues seulement comme une victoire ou la défaite de tel ou tel parti». «Dans un pays qui se compose uniquement de minorités, il faut de la tolérance envers les dissidents», avait-il alors dit.

De ce grand apôtre du consensus, son collègue François Couchepin se souvient aussi avec émotion dans le Corriere del Ticino. «Gravé dans les cœurs comme personne d’autre»: le Valaisan pense que «la Suisse a perdu un génie de la politique», qui «a souvent évité au gouvernement de faire un faux pas». «Il savait les choses avant qu’elles se soient passées», ajoute-t-il, en étant «un des premiers à saisir tout l’enjeu de la problématique des fonds en déshérence, par exemple».


Petit historique de la carrière d’Achille Casanova

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