Depuis que vous avez pris l’excellente habitude de perdre deux minutes en ma compagnie le vendredi, je commence à vous connaître. Vous n’aimez pas que je vous mène en bateau. Et je ne peux pas vous en vouloir. Alors je vais vous dire les choses telles qu’elles sont: aux confins de 2018, tout est bloqué. Partout autour de nous. Novembre est un nœud humide. Les trois prochains paragraphes seront donc un peu maussades (après, le soleil revient, promis).

Genève, pour commencer. Plus rien ne bouge. La République est suspendue au destin tragique de son président déchu qui s’accroche. Stupéfiée par les affaires aussi, et stupéfaite devant les mœurs de ses édiles. Le nœud n’a pas fini de se resserrer d’ailleurs: à la glaciation succédera le déluge populiste, et les factieux du «tous pourris» proliféreront sur les notes de frais comme des champignons de Paris sur un bon crottin de percheron.

Ne méconnaissons pas l’anticyclone des Açores

La France ensuite. Plus du tout pliée en quatre, mais bien coupée en deux, cette fois. Et avec un code couleur, pour être sûr que tout le monde ait compris: les jaunes, et les autres. Le peuple, et l’élite, comme aiment le seriner les fans de musique binaire. (Pourquoi Matteo Salvini n’écoute-t-il pas de reggae? Cette question n’a pas fini de me tarauder.) Cryogénisée, la France. 1918-2018, d’une guerre de tranchées à l’autre.

La congestion ne s’arrête pas là. Sont au point mort, en vrac: la relation bilatérale avec notre grand voisin européen, le destin du cinéma Plaza, notre grand voisin européen, l’avenir du Royaume-Uni, celui du téléski de Charmey, le G20, la caisse de pensions de l’Etat de Genève, l’humanité, Neuchâtel-Xamax, Donald Trump après les «midterms» et mon grand projet de roman.

Vous avouerez que ça fait beaucoup. Présenté sous cet angle, il y a même largement de quoi déposer les armes. Ce serait une erreur. Ce serait méconnaître l’anticyclone des Açores. L’effroyable embourbement du monde n’est que l’équivalent macro du couvercle de stratus sur la cuvette du bout du lac. Un plafond saisonnier qui a deux vertus majeures, tous les Genevois vous le diront: au-dessus, il fait beau et tôt ou tard, il finit par se dissiper. Alors si le phénomène vous pèse, faites le gros dos, prenez un peu de hauteur de temps à autre et attendez que ça passe. Je vous dis que ça va passer. Et je n’ai pas l’habitude de vous mener en bateau.


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