Hexagone Express

Cet islam qui traumatise la France

OPINION. C’est une évidence que les convulsions de l’affaire Ramadan ou l’éviction de la chanteuse Mennel n’ont fait que confirmer: l’islam hante le débat politique et intellectuel français. Au point que même «Le Temps» se retrouve dans le collimateur…

Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je nourrissais même l’espoir, pour tout dire, que l’actualité viendrait chasser de cette chronique la question de l’islam en France, tellement le sujet est explosif. Sauf que cela s’est avéré impossible. Comment ne pas revenir sur cette question qui me vaut, depuis mon récit sur les «déçus de Tariq Ramadan», une pluie de courriels et des volées d’insultes? Et comment ignorer que le mal est profond lorsque mon article interloqué sur le départ de la jeune Mennel Ibtissem du plateau de The Voice déclenche une deuxième tempête, conduisant des lecteurs (presque tous français) à me considérer au mieux comme un observateur naïf, au pire comme un suppôt de cet islamisme radical qui arme le bras des futurs terroristes?

Lire aussi: Les déçus de Tariq Ramadan

Premier message à l’intention de tous ceux qui m’ont écrit pour me reprocher ma prétendue candeur: j’ai tout bien lu, tout bien compris. Second message à mes interlocuteurs qui soit ont refusé que j’imprime leurs propos déçus sur Tariq Ramadan, soit m’ont reproché ensuite de caricaturer leurs positions sur le prédicateur suisse toujours placé en détention pour viol: le débat se porterait mieux, dans cette cocotte-minute communautaire qu’est l’Hexagone, si vous assumiez votre parole publique, et si vous ne fustigiez pas en permanence les médias.

Dangereux fossés

Je m’explique: que Tariq Ramadan ait été en partie fabriqué par des médias télévisuels complaisants, amateurs de ce très bon «client» islamique est une chose. Mais pourquoi n’avoir pas davantage réclamé la parole? Pourquoi ne pas faire savoir à BFM TV, à Ruquier, à Ardisson, à Hanouna et autres gourous des plateaux qu’ils creusent de dangereux fossés? J’ai cité la belle énergie éditoriale déployée par l’équipe du site Oumma.com et je tiens ici à leur rendre de nouveau hommage. Eux s’expriment. Alors qu’au moins quatre universitaires français de confession musulmane, détracteurs sans merci de Tariq Ramadan en privé, ont refusé de me laisser imprimer leurs propos parce que cela serait «inévitablement réducteur».

Passons à la grande question: que faire? Emmanuel Macron a proposé, dans Le Journal du Dimanche, une nouvelle réforme de la représentativité de l’islam de France au premier semestre 2018. «Il y a une question qui est celle de l’organisation. Il y en a une autre qui est celle du rapport entre l’islam et la République», juge-t-il. Soit. Mais quid des musulmans français ou des Français de culture musulmane? Comment parvenir, dans cette France laïque rongée par le goût des anathèmes, à construire un avenir de «fierté» pour ces millions de «Gaulois de l’islam», expression entendue alors que j’enquêtais sur Tariq Ramadan? Car tout est dans ce mot «fierté». L’islam traumatise la France parce qu’une partie de sa population ne veut pas d’un islam «fier» dans le concert républicain.

La parole des intellectuels

Il faut, dans ce contexte, saluer le travail de la Fondation de l’islam de France, présidée par Jean-Pierre Chevènement. L’institution finance des bourses et des expositions, coopère avec les Scouts musulmans de France et vient de signer une convention avec le CNRS pour des recherches en islamologie. Marginal? Elitiste? Soit. Mais Les intellectuels français devraient s’en féliciter. Comme ils devraient aussi – surtout les enseignants – redire haut et fort que le goût pour les scandaleuses thèses complotistes d’une jeune femme de 20 ans attirée par les sunlights de The Voice ne fait pas d’elle une égérie des talibans et de Daech!

Le problème, avec l’islam de France, est le volet sécuritaire. Comment déceler les radicalisés? Comment déjouer la «taqîya», cet art de la dissimulation? Question centrale et affreusement complexe. Lisez, pour vous en convaincre, le passionnant livre Je ne pouvais rien dire de l’ex-agent du renseignement intérieur Paul-Louis Voger (Ed. l’Archipel). Vous y retrouverez tous les personnages de la galaxie islamo-délinquante-terroriste depuis 1990. Tous. Un par un, fichés, connus, suivis, écoutés. Et pourtant: «l’usine à gaz» du renseignement français (le mot est de l’auteur) a bel et bien échoué à empêcher les attentats. Ce livre, écrit par un policier vétéran, prouve que l’islam de France ne peut pas se réduire à une équation sécuritaire dans cette République aux racines chrétiennes mais aussi coloniales, comme le rappelle l’historien Emmanuel Garnier dans L’Empire des sables, La France au Sahel 1860-1960 (Ed. Perrin). L’islam est aujourd’hui en France une donne politique, sociétale, culturelle, éducative. Ce qui suppose bien sûr, pour les musulmans français, d’intégrer la laïcité. Mais, surtout, de s’accepter mutuellement.


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