C’est la révolution au Palais fédéral: les services du parlement ont planté des palmiers dans les couloirs. Je les ai vus vendredi. Des palmiers aux Pas perdus. Pourquoi pas des chaises longues et des hôtesses? Je sortais de commission, peut-être ma dernière séance. Il faisait 16 degrés à Berne. Le réchauffement climatique avait fait pousser des palmiers au Palais.

J’étais dans la peau d’un ancien conseiller national. Encore élu certes, comme tous les sortants, jusqu’au 30 novembre. Mais ça faisait trois semaines qu’on m’appelait l’«ex». Trois semaines aussi que je répétais que ce n’était pas fini, que je n’étais pas réélu, certes, mais pas «éjecté» non plus. Et pourtant ce vendredi, à Berne, je me suis dit que c’était (peut-être) la dernière séance. J’étais, pour de bon, dans la peau d’un ex-conseiller national.

Un lobby me l’avait rappelé la veille dans une lettre qui commençait ainsi: «Monsieur l’anc. conseiller national…». Pourquoi pas «l’enc.», pendant qu’on y est? Je siège en commission, mais je suis un «ex», ou un «anc.». Tout le monde le dit, c’est donc vrai. Et fini. En sortant du Palais, j’ai dit «adieu» à un huissier. En Bärndütsch. J’ai pensé que je ne le reverrais plus.

Je me consolais en me disant que je n’étais pas le seul. Nous étions 27 non-réélus navigant en eaux troubles. Officiellement toujours conseillers nationaux, mais surtout des «ex» et des «anc.». Ce n’était pas un nouveau statut pour moi: ça fait quatre ans que je suis un «ex». A peine élu, j’étais nommé «ex-journaliste». A peine non-réélu, on m’a propulsé ex-conseiller national. C’est chouette, maintenant, je suis un «ex au carré». J’ai quitté le Palais en me disant que je n’avais jamais aimé le mois de novembre. Avec ou sans palmiers.

A part ça, vendredi, c’était bien. En séance de commission, nous avons reçu le patron de la recherche suisse, il nous a parlé des enjeux du «big data», tout le monde a constaté la (non)-réponse des politiques, et les menaces sur la place économique suisse. Un sujet essentiel. J’ai demandé que nous l’approfondissions au plus vite lors d’une prochaine séance. Tout le monde a souri: ce sera sans moi, l’ex.

Mais voilà… ce n’était pas ma dernière séance. Depuis dimanche, les 27 non-réélus ne sont plus que 24. La vie est bien faite. L’ex-anc. conseiller national et ancien ex-journaliste peut reprendre son travail. Au milieu des palmiers fédéraux. Opération «Palais-Plage in Bärn». Ça tombe bien: je prends des vacances.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.