Lorsque le ciel nous tombe sur la tête, on éprouve une vertigineuse singularité. Jamais avant nous ne survint pareille adversité, pour sûr. S’agissant du covid, c’est juste, si l’on s’en tient à l’expansion planétaire du virus et à sa forme. C’est faux pour le reste. Car on a la mémoire courte. Il suffit de plonger dans le passé pour voir que cette mésaventure a de diaboliques équivalents. Mieux: que nos ancêtres, populations et autorités, ne réagissaient pas différemment des hommes modernes que nous croyons être devenus. A preuve: des textes anciens, voire antiques, qui révèlent des réactions et des réponses assez semblables aux nôtres durant les grandes épidémies.

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Aujourd’hui comme hier, à l’état de sidération et d’unité initiales succèdent la contestation et les doutes. En voici quelques expressions contemporaines: faut-il que la planète soit mal en point pour inventer un ennemi aussi vicieux que le covid! Faut-il que nos gouvernements soient incapables pour n’avoir pas envisagé toute éventualité et anticipé la deuxième vague! Faut-il que nous ayons perdu tout esprit de résistance pour avaler sans hoquet les restrictions de liberté! En cet automne déprimé, la Suisse se découvre divisée entre résistants et résignés. Les premiers se montrent sceptiques face aux mesures et relèvent leurs incohérences alors qu’ils ne tiennent pas de solution; les seconds se plient à l’autoritarisme avec une complaisance qui déconcerte les premiers.

Si le fatalisme a quitté les esprits, le volontarisme n’est pas d’un grand secours. Car rien ne sert, pour le moment, que de patienter. Or, dans une société fondée sur l’esprit de décision, l’individualisme et l’immédiateté, habitués que nous sommes à bouger et à consommer comme bon nous semble, la perception de la calamité qui frappe en sort accentuée. L’humilité n’est pas une valeur contemporaine, et c’est bien le seul avantage à mettre au compte du covid que de venir la rappeler à notre bon souvenir. Manifestement, nous ne maîtrisons pas encore tout.

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Devant la panique des uns, la contestation des autres, la lassitude de tous, l’anxiété qui remplit déjà les cabinets des psychologues, reste le débat démocratique. Une forme de salut, en somme, une manière de s’élever au lieu de geindre. Et s’il nous vient colère et incompréhension, plonger dans les classiques. L’histoire est un onguent sur les troubles de solitude.