''L'incroyable histoire de Monsieur Ibraim Zili m'a beaucoup émue. Sans sa ténacité, son courage, son abnégation à vouloir s'intégrer en Suisse grâce à son travail et ses compétences, Zili serait encore dans la clandestinité ou aurait dû retourner dans son pays, la Macédoine. Je trouve cette histoire exceptionnelle et emblématique. Elle est exceptionnelle car s'agissant d'immigration ou d'asile, chaque cas doit être apprécié individuellement: c'est la seule manière de répondre à deux nécessités, parfois contradictoires, le respect de la loi, égale pour tous, et le devoir d'humanité, qui doit toujours être un dernier recours dans un Etat démocratique.

L'histoire de Zili est emblématique car elle nous rappelle que l'immigration est aussi une chance pour la Suisse. Zili a servi le champagne aux conseillers fédéraux sans que nous imaginions un instant son destin, ses craintes quotidiennes de voir sa vie et celle de sa famille basculer. Ce Macédonien est arrivé un jour en Suisse comme des milliers de travailleurs de l'ex-Yougoslavie, légalement, parce que l'économie en avait besoin. Il s'est retrouvé en situation illégale parce qu'il provenait d'un pays qui n'était plus considéré comme «une zone de recrutement». La règle avait changé. Zili a préféré rester en Suisse, en se cachant pendant plus de dix ans. Il s'est finalement intégré en travaillant dur, sans recourir à l'assistance. Je n'ai pas à juger son choix, mais son parcours, ses épreuves, sa volonté d'avoir une existence digne en Suisse, me touchent. C'est un soulagement qu'une issue heureuse ait enfin pu être trouvée.

Il n'y a pas si longtemps, des Italiens, des Espagnols, des Portugais sont venus chez nous améliorer leur existence et contribuer à notre bien-être. Aujourd'hui, leurs enfants et petits-enfants font la richesse économique et culturelle de la Suisse. Il y a eu aussi l'immigration en provenance des Balkans occidentaux. Il en est ainsi de chaque vague d'immigrés: elle engendre d'abord la méfiance, parfois le rejet, mais le travail, l'école, la vie associative finissent, sur la durée, par enrichir la communauté nationale. Zili peut désormais servir le champagne sans baisser les yeux. Et nous pouvons le regarder dans les yeux en lui souhaitant plein succès dans sa nouvelle vie.

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