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Le président chinois Xi Jiping. Genève, 18 janvier 2017.
© Reuters/Denis Balibouse

Nouvelles frontières

Cette fois, Pékin veut prendre le leadership

Dans un discours interne, le président Xi Jinping a expliqué que la Chine devait désormais «guider» l’ordre mondial et la sécurité internationale. Cela change tout

A Genève et à Davos, le président chinois avait défendu l’ordre mondial et la globalisation de l’économie dans deux discours qui feront date. Xi Jinping avait utilisé en janvier ces tribunes helvétiques pour faire passer un message au reste de la planète: la deuxième puissance économique mondiale sera désormais le principal soutien à un système international duquel le nouveau leadership américain semble vouloir se détourner au profit d’un repli isolationnisme.

De retour à Pékin, le secrétaire général du parti communiste n’a pas tardé à franchir un pas supplémentaire: la Chine est prête à guider (yindao) l’ordre mondial et le système de sécurité international, a-t-il expliqué lors d’une réunion de travail de la Commission nationale pour la sécurité dont un compte rendu a été rendu public par l’agence Chine Nouvelle il y a une semaine. C’est la première fois depuis la chute de l’empire qu’un dirigeant chinois affirme vouloir prendre le leadership mondial. Mais est-ce possible?

Combler le vide

On peine à réaliser à quel point l’élection de Donald Trump bouscule les équilibres mondiaux hérités de l’après Guerre froide. Or son discours protectionniste et nationaliste oblige son principal concurrent, la Chine, à repenser son rôle dans le monde dans une accélération de l’histoire dont elle se serait sans doute passée. Le retrait annoncé des Etats-Unis comme gardien des normes internationales au profit de purs rapports de force militaires crée un vide que Pékin se doit de combler au risque de voir s’effriter un système qui lui a tant profité ces trente dernières années.

C’est un retournement de situation. Jusque tout récemment, Pékin était prudemment resté dans l’ombre se contentant d’actionner son droit de veto à l’ONU pour signifier ses désaccords face à Washington. Selon l’axiome de Deng Xiaoping, la Chine devait attendre son heure – à savoir parvenir à un stade de développement avancé – avant de prétendre à un leadership mondial. Cet horizon, pour le parti communiste, se situait plutôt dans la seconde moitié du 21e siècle, la Chine ne devant dépasser les Etats-Unis que vers 2100.

Long chemin 

Les propos de Xi Jinping ont été largement repris par la presse chinoise. Le pouvoir chinois prépare ainsi sa population à voir ses dirigeants assumer davantage de risques sur la scène internationale. Reste à savoir de quel ordre international on parle. Si Pékin a largement profité des règles dictées par l’ONU et du leadership occidental fondé sur le libre marché dans le domaine commercial, la dictature n’en diverge pas moins sur nombre d’interprétations, en particulier quant au rôle de l’État. Contrairement à la tendance qui se dessinait de donner davantage de place à la société civile dans les processus de décision, le parti communiste va appuyer une lecture souverainiste des relations internationales dans une logique multipolaire.

De passage à Genève en début de semaine, des représentants de l’Institut de la diplomatie de Chine prenaient le pouls auprès de divers interlocuteurs de l’impact du discours de Xi Jinping au Palais des Nations et de la perception du rôle dans la Chine dans les instances genevoises du multilatéralisme. «Pékin n’est pas capable aujourd’hui d’assurer les biens publics mondiaux», comme la sécurité des mers, jusqu’ici assumée par les Etats-Unis, expliquaient-ils sans détour, conscients des limites actuelles de la Chine. Entre affirmer un leadership, l’assumer, et gagner l’adhésion d’une majorité d’Etats à sa vision de l'ordre mondial, le chemin sera encore long pour Pékin. Mais, désormais, les dirigeants chinois s’y préparent.

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