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Cette semaine où Boris Johnson peut devenir un homme d’Etat

ÉDITORIAL. Le premier ministre britannique sera les 17 et 18 octobre à Bruxelles, aux côtés des 27 autres chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne. Tout dépend, désormais, de sa capacité à les convaincre de sa volonté de parvenir à un accord et de son engagement à le défendre ensuite avec succès devant la Chambre des communes

«Le succès n’est pas final. L’échec n’est pas fatal. C’est le courage de continuer qui compte.» L’homme qui parlait ainsi se nomme Winston Churchill. Admirateur du «Lion», dont il a écrit une biographie, Boris Johnson devrait apprendre cette citation avant de se rendre le 17 octobre à Bruxelles, au prochain sommet européen. L’UE, comme son propre pays, attend en effet de lui ce courage qui est la marque des grands dirigeants. Un courage qui, au-delà des sondages et des luttes partisanes, est synonyme de concessions et de volonté féroce de les défendre ensuite, à Londres, devant la Chambre des communes.

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Ce courage, Boris Johnson n’en a jusque-là guère fait preuve. Pour accéder au 10 Downing Street, cet ancien journaliste réputé pour ses faux scoops a surtout fait exploser en vol le gouvernement de sa prédécesseure Theresa May. Il a, ensuite, tenté de museler le parlement pour esquiver la réalité: à savoir qu’un «no deal» – une sortie sans accord – ferait courir à l’ensemble du continent un risque économique majeur dont personne, aujourd’hui, ne peut mesurer les conséquences.

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Pourquoi donc, à ce stade, rêver d’un autre comportement? Pourquoi interpréter de façon positive le fait que les rumeurs autour d’un possible «deal» ont cessé de circuler depuis vendredi, à Bruxelles comme à Londres? Pourquoi penser qu’un accord de divorce peut encore l’emporter contre l’électoralisme d’un Parti conservateur contaminé par l’europhobie populiste? La réponse est simple: parce que les circonstances l’imposent. Et parce que le leader d’une grande nation européenne, dont le destin restera inéluctablement lié à celui de ses voisins, doit répondre présent au rendez-vous de l’histoire.

Boris Johnson peut, cette semaine, devenir un homme d’Etat. Il le peut, si aucune issue ne se dessine, en sollicitant un report assorti de garanties mutuelles pour que la négociation se poursuive entre l’Union et le Royaume-Uni dans le but de parvenir à un accord. Il le peut encore plus en prouvant aux négociateurs bruxellois que Londres ne cherche pas à désagréger le marché européen et qu'il entend devenir un partenaire commercial respectable de l’Union. Nous avons plusieurs fois écrit, ici, que l’UE aurait grandement tort d’entraver le retrait britannique. L’heure est venue, pour Boris Johnson, de démontrer pour sa part qu’il vaut bien mieux que sa caricature de saboteur immature.


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