On y a cru. On a pensé qu’avec les applis de rencontre, le chagrin d’amour allait trépasser. On s’est dit qu’enfin le dicton «Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s» pouvait devenir une réalité. Un peu comme dans le générique d’Amicalement vôtre, où le très smart Brett Sinclair embrasse une jolie fille, se retourne et, hop, embrasse une autre jolie fille. La valse à mille temps des amours infinies et non plus la marche funèbre de la fin de l’amour.

Eh bien non! Aujourd’hui comme hier, le chagrin d’amour est comparable à un «stress post-traumatique». «Un état même plus difficile que le deuil», observe le psychologue Guy Bodenmann dans Migros Magazine, puisque contrairement à un «décès, qui s’accompagne de rituels bien rodés dispensant affection et soutien, la victime d’une rupture est généralement prise beaucoup moins au sérieux».

Des émotions pas glorieuses

De plus, le chagrin d’amour provoque des émotions secondaires auxquelles on est peu habitués. Dans la vie de tous les jours, on gère avec aisance la peur, la tristesse et la colère, mais lorsque notre cœur se brise comme un verre tombé à terre et que, d’ailleurs, on se sent pareil à un ver de terre, on deale avec des sentiments «tels que rancune, amertume, désespoir et mortification». Rien de noble, donc, uniquement un mélange poisseux de ressentis douloureux et peu glorieux.

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Bien sûr, on n’est pas égaux face à la rupture. Plus on est narcissique, plus la séparation est violente, car «le narcissique fonde son estime de lui sur celle que lui portent les autres». Et puis, il y a rupture et rupture. La souffrance est très marquée si vous avez tout misé sur la relation et si cette séparation vous prend au dépourvu… Elle est moins profonde si des signes avant-coureurs se sont manifestés et si «vous disposez de chances de reconstruire une nouvelle relation», poursuit le spécialiste.

Une recette pour aller mieux

Le thérapeute donne sa marche à suivre pour survivre. D’abord – j’adore! – «pleurer, se lamenter et pester de rage». Pas très helvétique, mais très bienfaisant. Ensuite, «prendre soin de soi. Manger de manière régulière et saine, faire de l’exercice, écouter de la musique et rencontrer des amis.» Les cœurs brisés peuvent aussi écrire leur chagrin, mais ils éviteront d’envoyer la lettre mouillée de larmes à leur destinataire.

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Ce qui aide encore? «Reconsidérer la relation de manière autocritique de sorte à déterminer la responsabilité de chacun.» Un moment nettement moins flatteur, mais nécessaire pour «avoir une idée de ce que l’on attend d’une nouvelle relation». A propos de nouvelle relation, rien ne sert de se précipiter sur Tinder, car tant que l’échec n’est pas surmonté, ces flirts n’auront aucune portée. Quoi, il faut souffrir tout l’été? «Non, rassure le thérapeute. Avec le temps, arrive l’acceptation et, dans le meilleur des cas, le pardon.»

Si, malgré tout cela, vous restez figé(e), allez consulter. Il y a un truc qui cloche chez vous, car, raisonnablement, personne n’appartient à personne.

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