Alors que la Suisse du tourisme est à la peine, la trajectoire du «Guide du routard», qui fête ses vingt-cinq ans, donne à méditer. La collection respire la santé, atteignant des sommets commerciaux (1,9 million d'exemplaires vendus l'an dernier). Le guide anticonformiste a su s'adapter aux modes. Notamment en publiant «Hôtels et restos de France» ainsi que «Tables et chambres à la campagne», deux titres qui caracolent en tête du palmarès des ventes du guide.

En globe-trotter avisé, son fondateur Philippe Gloagen a senti très tôt le pouvoir de séduction du tourisme futé qu'incarnent, en France, les chambres d'hôtes, ces lieux d'hébergement conviviaux à prix modeste qui fleurent bon le terroir. En quête de simplicité et de calme, les citadins, toutes catégories sociales confondues, sont toujours plus nombreux à fréquenter ces haltes. Après avoir popularisé les voyages lointains, la collection du GDR a contribué à la renommée de ce tourisme alternatif.

Un phénomène trop longtemps ignoré par les responsables du tourisme suisse. Engoncés dans leurs préjugés, ceux-ci ont négligé le créneau moyen de gamme, ne le jugeant pas assez rentable. Il aura fallu cinq ans de crise dans la branche pour que tombent les œillères. Enfin des voix officielles parlent de «trend durable» à propos de la parahôtellerie. Il est réjouissant que des offices du tourisme locaux aident désormais des particuliers dans leurs efforts pour promouvoir l'accueil en chambre d'hôtes. Même les hôteliers, pourtant guère rassurés par cette concurrence, taisent leurs craintes et leurs rancœurs. La multiplication des «bed and breakfast» imposera à toute la branche de mettre de la chaleur dans l'accueil et du sucre dans la facture. Le client appréciera, et reviendra.

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