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C’est un art noble de ce métier: trouver le bon titre. Mais les journaux les plus sérieux s’en méfient, ils craignent précisément d'avoir l’air potaches.
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La vie à 30 ans

Champion en titres, c’est dur de le devenir, dans les médias

OPINION. Certains parlent de «jeux de mots à deux balles». Mais c’est un grand art que de trouver une formulation comme «Beaucoup d’Aubry pour rien» sans tomber dans la facilité, voire la vulgarité

J’ai autrefois travaillé dans un journal qui me laissait faire ce genre de choses: le titre jeu de mots. Mon rédacteur en chef trouvait plutôt du charme aux articles évoquant la jeune pousse des Verts, qui représentaient le centre aquatique comme un projet qui patauge, et l’avenir de la galère en eaux troubles. En lisant les journaux, aussi loin que je me souvienne, le talent du titre qui fait la blague m’a toujours intéressée: on entre tout de suite dans un sujet dont l’entame fait sourire ou pouffer.

Certaines publications en ont fait leur marque de fabrique. Souvent, je me suis demandé comment les rédacteurs du Canard enchaîné s’y prenaient, semaine après semaine, pour trouver «Il y a eu des hauts et des baffes», en retraçant un débat télévisé musclé avec Emmanuel Macron, ou «Les mollahs redoutent un ayatollé général» en évoquant les manifestations en Iran.

La déclinaison chic, c’est…

Il existe une déclinaison chic de cela: le titre trait d’esprit, celui qui permet de concilier l’idée du jeu de mots avec la gravité de l’actualité. Libération a souvent été très pertinent dans ce style. «C’était le Montand», en une du 11 novembre 1991, lorsque le chanteur est mort. «Beaucoup d’Aubry pour rien», quand la leader socialiste française n’a pas obtenu le poste de première ministre. Ou le terrible «Tueur en Syrie», en 2011, au-dessus d’un portrait de Bachar el-Assad.

Un allié aux Sports

C’est un art noble de ce métier: trouver le bon titre. Mais les journaux les plus sérieux s’en méfient, ils craignent précisément d'avoir l’air potaches, le titre de presse qui fait pitre de presse. J’ai pourtant un allié et collègue dans la rubrique sportive, et c’est admirative que je l’observe placer avec la mine imperturbable des pince-sans-rire des choses comme «Happy Neuer» sur le gardien de l’équipe d’Allemagne, ou «Talent aiguille» pour un sujet sur la première et girly Saoudienne parvenue en haut de l’Everest.

Mais je vois bien aussi la moue désolée, par ici, lorsque j’imagine des articles escortés de trouvailles comme «Une femme socialiste, Savary souvent» ou «Broulis profite de la trêve pascale». Alors évidemment, tout est question de pertinence, il s’agit d’éviter le jeu de mots gratuit pour préférer celui qui fait sens… Mais je ne désespère pas d’y arriver. Un jour ou l’autre, Le Temps me donnera raison.


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