Ces trois derniers samedis, les Champs-Elysées sont en feu! Des bandes d’émeutiers se mêlent aux «gilets jaunes». On connaît le résultat. Mobilier urbain démoli, vitrines cassées et de nombreux véhicules incendiés. Savez-vous qu’en France, plus de 100 voitures brûlent chaque jour et pas loin de 40 000 par année!

Relevons que les Français sont incroyablement tolérants envers les manifestants qui bloquent les routes, les trains, les stations-services, les commerces, etc. Et même, pour les casseurs et incendiaires, on entend certains dire en substance: «Ils sont désespérés.» C’est incontestable et cela n’a rien à voir avec l’augmentation «écologique» du prix de l’essence: les gains d’une part importante de la population sont insuffisants. Il est indiscutable que l’écart entre les maigres salaires et l’accroissement des grandes fortunes est choquant. La situation est devenue intolérable pour nombre de gens en situation précaire. Cela clairement dit, est-ce que la violence règle quelque chose? Il n’en est rien.

Phénomène en baisse

N’abordons ici que les automobiles brûlées. Puisque nous arrivons à la fin de l’année, dans l’Hexagone entre fin décembre et début janvier, on assistera à une pointe de destruction colossale: plus de 1000 voitures incendiées pour la nuit du Nouvel An. Et pour le dernier 14 Juillet, 845 voitures carbonisées. Ces chiffres sont aberrants.

Peut-on rapprocher ce type d’incendie aux feux de forêt et autres pinèdes qui sévissent autour de la Méditerranée?

Certes, ce phénomène est en légère baisse, mais il reste incroyablement haut en France, contrairement à la plupart des autres pays. Il n’y aurait pour tous les Etats-Unis, pays 17 fois plus peuplé que la France, «qu’une» douzaine de milliers d’incendies de véhicules par an. Il n’est pas évident d’expliquer le tassement de ce genre de délit. Peut-être une raison: lorsque le «phénomène» est moins médiatisé, cela calme quelque peu les esprits échauffés. Il y a moins d’effets d’entraînement, voire de concurrence entre quartiers. Une présence policière renforcée limite sans doute le désastre. En France, c’est la Haute-Corse qui est la plus touchée, avant les quartiers sensibles des grandes villes. Les motivations sont variables: actes de vengeance, camouflages d’autres infractions, débarras d’une voiture volée, phénomène de bandes, ennui général, etc.

Et en Suisse

Les informations proviennent de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales et du Centre de documentation et d’information de l’assurance. Ils sont donc incontestables. En tout cas, ces délits ont une signification. Les jeunes gens qui s’adonnent à ces destructions ne le font pas pour s’enrichir, mais ils dévastent par une forme de nihilisme ou d’anarchisme assez absurde. Et ils agissent nuitamment neuf fois sur dix.

Nous avons, hélas, constaté quelques voitures qui flambent en Suisse également, à Genève, Zurich, même Morges et Bulle. Mais cela reste dans des proportions «helvétiques». Les assureurs sont très sollicités. Cela donne lieu à de longues procédures, avant que les destructions soient remboursées. Peut-on rapprocher ce type d’incendie aux feux de forêt et autres pinèdes qui sévissent autour de la Méditerranée? Dans ce cas précis, on a affaire à un autre type de pyromanie, une pulsion destructrice tout aussi néfaste mais plus clandestine, plus psychotique, liée clairement à des troubles mentaux. Les temps sont troublés. Le fonctionnement de pas mal de gens aussi. La fuite dans la drogue, l’islamisme, l’extrémisme politique ou la pyromanie montrent bien la folie de notre temps.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.