Il y a quatre ans, le référendum britannique constituait un séisme politique majeur. Signe que l’état de la planète s’est, depuis, singulièrement dégradé, l’avenir des liens entre le Royaume-Uni et l’Union européenne ne préoccupe plus grand monde. Il est pourtant loin d’être clair: Londres et Bruxelles doivent décider avant le 30 juin s’ils souhaitent poursuivre les négociations sur leur relation future au-delà de la fin de l’année. Sans prolongation et sans accord, la perspective d’un Brexit dur n’est donc pas écartée. Et, quoi qu’il arrive, un homme tire déjà son épingle du jeu.

Boris Johnson ne cache pas son hostilité à toute prolongation et sait désormais que, quelle que soit l’issue des tractations, il ne court pas grand risque. Avant que la pandémie ne frappe le Royaume-Uni il y a trois mois, il se devait encore de mesurer minutieusement les dégâts éventuels qu’un Brexit dur infligerait aux entreprises de son pays. Aujourd’hui, chacun sait que la crise économique succédera partout à la crise sanitaire. Cela permet par avance au premier ministre de faire passer les conséquences de sa stratégie face à l’UE par pertes et profits. Qui pourra dire dans un an ce qui aura fait sombrer tel ou tel indicateur dans le rouge vif?

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La tentation, dans l’entourage de Boris Johnson, de pousser pour une sortie sans accord est d’autant plus grande que la crise actuelle plaide pour une refonte de nos pratiques industrielles et commerciales. S’il faut que l’économie britannique soit plus autonome – comme c’est d’ailleurs le souhait de nombreux pays du monde –, pourquoi s’encombrer des règles européennes en matière sociale ou environnementale que le Royaume-Uni devrait respecter dans le cadre d’un accord?

«Le succès consiste à aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme», aimait à dire Winston Churchill, le prédécesseur préféré du premier ministre. Tout le paradoxe qui jalonne le parcours de Boris Johnson est ici résumé: c’est de situations qui le condamnent à échouer qu’il sort renforcé. Sa légèreté au début de la pandémie a, jusqu’à présent, coûté la vie à quelque 40 000 de ses concitoyens et l’a lui-même conduit aux soins intensifs. Il en est ressorti avec l’aura du survivant. Saura-t-on un jour combien de vies auraient pu être épargnées si le gouvernement avait réagi plus vite? De même, pourra-t-on un jour estimer les dégâts infligés par un Brexit dur s’il a lieu en même temps qu’une crise économique mondiale? Probablement pas. C’est la chance insolente de Boris Johnson.

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